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Après la charge de Trump, Baltimore veut vivre un week-end sans violence

Après la charge de Trump, Baltimore veut vivre un week-end sans violence
Marche pacifique à Baltimore pour exiger un week-end sans violence, le 2 août 2019 Alastair Pike

A Baltimore, ville conspuée par Donald Trump pour sa criminalité endémique, des militants espèrent suspendre la violence, au moins le temps du week-end.

"Personne ne tue personne. Cessez-le-feu à Baltimore". Derrière ces pancartes, une centaine de personnes ont défilé vendredi soir dans les rues de la ville portuaire minée par les problèmes sociaux, la drogue et la délinquance.

Leur objectif ? Obtenir que les armes restent muettes pendant trois jours. Une gageure dans cette métropole du Maryland qui enregistre 300 morts en moyenne par an. Rapporté à ses 620.000 habitants, ce triste bilan en fait l'une des villes les plus meurtrières des Etats-Unis.

L'initiative n'est pas une première. Elle se renouvelle tous les trois mois depuis deux ans, notamment à chaque week-end de fête des mères. Pour sa première édition, en août 2017, le cessez-le-feu avait tenu 41 heures, un léger mieux par rapport aux autres week-end.

Mais cette fois, la marche a un goût particulier car la ville panse une nouvelle plaie, infligée depuis la Maison Blanche. Le président républicain l'a accusée dans une série de tweets ravageurs d'être "un désordre dégoûtant infesté de rats et autres rongeurs".

"Accorde ta guérison à la ville", prient les manifestants vendredi soir. Membres d'une église presbytérienne, ils s'en remettent à Dieu plutôt qu'aux hommes politiques pour sortir Baltimore de la violence.

- "J'en ai assez de prier" -

Leur "marche pacifique" les mène à un coin de rue où Levar Bailey, un homme de 40 ans a été abattu en novembre 2017. Ils s'arrêtent aussi devant un barbier où Dwight Taylor, 25 ans, a été tué en avril 2011.

"On met un visage sur la violence, on veut que les gens comprennent qu'ils ne sont pas des statistiques", explique à l'AFP le pasteur Keith Paige. "Ce n'est qu'un petit pas, mais c'est un pas positif", ajoute-t-il.

"Je pense qu'il faudra beaucoup plus que ça", commente Gary Wheeler, 35 ans, en regardant passer le cortège depuis le porche de sa boutique. Lui n'a pas vu trop de crimes dans ce quartier mais c'est une toute autre histoire dans l'ouest de Baltimore où il vit. "C'est dur là-bas", confie-t-il.

Outre leur défilé, les militants ont installé des drapeaux et des panneaux dans la ville et prévu des petites fêtes de quartier avec de la musique pour propager un "message d'amour", honorer les victimes et faire régner le calme.

Leurs efforts n'ont toutefois pas convaincu tous les criminels. Trois personnes ont été blessées par balles vendredi dans des incidents distincts, selon la police.

Le FBI a également été appelé en renfort après la disparition d'un garçon de 4 ans vendredi. L'enfant a été retrouvé mort, affirme samedi le journal Baltimore Sun.

- "Culture" américaine -

"Dieu, j'en ai assez de prier pour la fin de la violence des armes à feu", lâche le pasteur Phyllis Felton, qui accueille les marcheurs près de son église. "J'en ai assez de prier pour que ça ne se reproduise plus, alors que je sais que ça va revenir..."

Pour lui, comme pour les autres militants, les raisons de cette violence sont multiples: la pauvreté, le racisme, les familles éclatées, les frustrations et l'accès facile aux armes à feu.

A Baltimore, où les Afro-américains sont majoritaires, plus d'une personne sur cinq vit dans la pauvreté, près du double de la moyenne nationale. Et plusieurs scandales de corruption ont miné la confiance envers la police et la mairie.

Ce sont ces maux que Donald Trump a dénoncé, une manière pour lui d'attaquer les démocrates aux manettes de la métropole.

Mais pour le révérend Herbert Nelson, responsable de l'Eglise presbytérienne des Etats-Unis, Baltimore n'est pas un cas isolé dans un pays où les armes à feu font près de 40.000 victimes par an.

"Les termes utilisés" par le président pour décrire Baltimore "s'appliquent au pays dans son ensemble", estime-t-il. "C'est la culture dans laquelle nous vivons aux Etats-Unis et je suis persuadé que si les choses continuent comme aujourd'hui, personne ne sera jamais en sécurité."

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