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Après la victoire militaire, la lutte idéologique contre l'EI à Mossoul

Après la victoire militaire, la lutte idéologique contre l'EI à Mossoul
Un diplômé d'une formation contre les idées extrémistes parle à de nouveaux élèves à Mossoul le 8 février 2018Ahmad MUWAFAQ

Dans une salle de classe du département des sciences islamiques à l'université de Mossoul, l'ex-capitale du groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Irak, une cinquantaine d'hommes viennent de terminer une semaine de formation pour combattre les idées extrémistes.

Sept mois après que les forces gouvernementales et leurs alliés ont mis fin à trois ans d'occupation par l'EI de la deuxième ville du pays, des oulémas ont mis sur pied une première "brigade" chargée d'extirper de Mossoul la pensée jihadiste, inculquée de gré ou de force aux habitants.

"Mossoul doit être libérée de la pensée de Daech après avoir été libéré militairement", affirme Moussaab Mahmoud, en utilisant un acronyme en arabe de l'EI.

"Nous avons été trompés par les idées de Daech et maintenant nous essayons de nous affranchir de son idéologie néfaste", ajoute ce journalier de 30 ans, qui a suivi la session d'études.

Car ceux qui vont désormais porter la bonne parole appartiennent à toutes les catégories sociales: des mécaniciens, des enseignants, des journaliers et un cheikh.

Ces bénévoles âgés de 25 à 45 ans ont été les premiers à s'inscrire sur Facebook pour participer à la session organisée par le "Forum des oulémas de Mossoul" dans la cité septentrionale reprise en juillet 2017 à l'EI.

- 'Tarir les sources du terrorisme' -

Les cours sont dispensés par cinq enseignants des universités de Mossoul et de Tikrit, une ville plus au sud également libérée du joug de l'EI. Il s'agit d'experts en matière religieuse et jurisprudence islamique.

"Les cours sont concentrés sur les droits de l'Homme, le développement humain, la coexistence pacifique et la paix communautaire", explique à l'AFP le président du Forum, cheikh Saleh al-Obeidi.

Les "élèves ont reçu des leçons sur la foi, la jurisprudence islamique et les Hadith (recueil des actes et paroles du prophète Mahomet), pour leur permettre de contrer les idées de Daech et ainsi tarir les sources de ce terrorisme intellectuel", dit-il.

Cette organisation ultraradicale responsables de multiples exactions -viols, rapts, nettoyage ethnique- a imposé son interprétation rigoriste de la loi musulmane, intervenant sur tous les aspects de la vie quotidienne et considérant tous ses opposants comme des "apostats".

Dans cette ville majoritairement sunnite, la quasi-totalité des minorités ethniques et religieuses qui y vivaient en bon entente depuis des siècles ont fui le joug de l'EI.

Les nouveaux prédicateurs "vont combattre les idées extrémistes sur les réseaux sociaux, et en visitant les citoyens chez eux", selon cheikh Obeidi.

Le Forum des Oulémas a été créé en 2014 au Kurdistan irakien, région kurde autonome au nord de Mossoul, par des hommes de religion ayant fui l'EI.

Durant l'occupation de Mossoul, cette association a diffusé des émissions sur des chaînes privées. Mais malheur à celui qui était surpris par les jihadistes en train de les visionner.

Ils sont revenus après la défaite de l'EI, mais n'ont toujours pas trouvé de locaux pour s'installer, tant la ville a été ravagée par les combats.

- Priorité aux enfants -

"C'est la première session du genre qui se tient à Mossoul. Il y en aura d'autres ciblant tous les groupes sociaux et les deux sexes", souligne cheikh Obeidi.

Mais la priorité sont les enfants qui ont subi dans les écoles un lavage de cerveau. Sous l'EI, les programmes ont été bouleversés et les élèves partageaient leur temps entre cours de religion version jihadiste et le maniement des armes.

"En tant que professeur, ce que j'ai appris me permettra autant que possible d'effacer les idées radicales de Daech de l'esprit des écoliers, car c'est eux qui ont été le plus influencés par ces idées", assure Ibrahim Mohammad Hamid, 27 ans.

"Je vais aussi intervenir auprès des parents car le foyer et la famille jouent un grand rôle pour répandre les idées de tolérance et de coexistence", ajoute-t-il.

L'imam Mohammad Abaiji, âgé de 24 ans, veut également cibler les jeunes, en organisant à la mosquée "des séminaires pour diffuser des idées éclairées, car l'islam est une religion de tolérance".

L’Etat, lui aussi, est conscient de la nécessité d'agir. Pour le sous-préfet de Mossoul, Zouhair Araji "il y aura des cours pour les écoliers de 7 à 14 ans, ainsi que des sessions obligatoires pour les enseignants afin d'éliminer l'idéologie de Daech".

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