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Après trois semaines d'occupation, douloureux état des lieux à Tolbiac

Après trois semaines d'occupation, douloureux état des lieux à Tolbiac
Amphithéâtre tagué et détritus à même le sol dans la fac parisienne de TolbiacCHRISTOPHE SIMON
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Amphis tagués, matériel informatique détruit, matelas et détritus à même le sol: l'heure est au bilan à la fac parisienne de Tolbiac, évacuée vendredi au petit matin par les CRS et transformé en capharnaüm après trois semaines d'occupation.

"Regardez toutes ces dégradations, ces tags", souffle Florian Michel, directeur du centre qui s'improvise guide officiel pour quelques journalistes.

Dès l'annonce de la fin de l'évacuation à 6H00, la direction du site de Tolbiac, aussi appelé Pierre Mendès-France et qui accueille en temps normal près de 12.000 étudiants dans le XIIIe arrondissement de Paris, s'est activée pour évaluer les dégâts qui pourraient s'élever à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Dans les couloirs de l'imposante tour de 22 étages flotte une odeur de renfermé, tout comme dans l'amphi principal qui a fait office de dortoir durant ces trois semaines d'occupation contre la réforme de l'accès à la fac que ses opposants assimilent à une "sélection" des étudiants.

L'entrée principale est, elle, entièrement taguée. Le sol qui n'a pas été nettoyé depuis le début du mouvement est jonché de sacs poubelles, banderoles, vêtements...

Dans la "fosse" du site, des bouts de verre témoignent des heurts qui ont éclaté tôt dans la matinée quand des occupants ont jeté des bouteilles sur les policiers venus en nombre pour lever le blocage.

Au petit matin, dans les derniers instants précédant l'arrivée des forces de l'ordre, la tour de Tolbiac avait encore des allures de citadelle assiégée, avec des guetteurs installés en haut des marches du "forum" où les étudiants bloqueurs tenaient certaines réunions.

- "Du jamais vu" -

Dans un amphi, le matériel audiovisuel a été arraché, les écrans de projection détruits et recouverts de tags: "A mort Israël" ou "Free Palestine". Sur les murs, entièrement tagués, les inscriptions vont de l'appel militant --"cheminots solidaires"-- aux outrances potaches -- "Macron le peuple aura ton fion".

Dans la cafétéria réaménagée en cuisine collective, les distributeurs de boissons ont été vidés et détruits. Deux cageots d’artichauts trônent au milieu de la pièce à côté de verres en plastique et de bouteilles de bière.

Inauguré en 1973, ce site n'est pas propice aux mouvements étudiants au point d'être parfois décrite comme une fac anti-mai 68: un bâtiment vertical sans véritable lieu de réunion hors des amphis et sans réel lieu de convivialité au rez-de-chaussée.

"Je suis choquée. Comment a-t-on pu en arriver là?", interroge l'assistante du directeur en déambulant dans les couloirs, visage fermé.

"C'est du jamais vu et je suis là depuis 1981", ajoute une des collègues qui ne souhaite pas donner son nom. Choquée, elle prend des photos pour "immortaliser le désastre".

"Les élèves étaient gentils. Mais ce sont des gens de l'extérieur qui ont essayé de tout casser. Ça me fait mal au cœur. Ce qui est fait est fait. Ce n'est que du matériel. L'essentiel c'est qu'il n'y ait pas eu de morts", juge Mohamed, qui travaille pour la sécurité de l'université depuis un an.

Le service technique est déjà à pied de œuvre. Plusieurs boîtiers permettant d'ouvrir des portes ont été fracturés par les occupants qui voulaient empêcher l'entrée des forces de l'ordre.

"On repart de zéro" résume Jérôme Chausson, administrateur du site.

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