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Argentine: le gouvernement annonce des coupes budgétaires, la grogne monte

Argentine: le gouvernement annonce des coupes budgétaires, la grogne monte
Manifestation contre la politique de rigueur menée par le gouvernement argentin sous la pression du FMI, le 1er juin 2018 à Buenos AiresEITAN ABRAMOVICH

Le gouvernement argentin a annoncé vendredi qu'il allait réduire le train de vie de l'Etat, alors que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Buenos Aires contre la politique de rigueur menée sous la pression du Fonds monétaire international (FMI).

"Nous allons supprimer pour 20 milliards de pesos (700 millions d'euros) de dépenses publiques", a annoncé le ministre de l'Economie Nicolás Dujovne lors d'une conférence de presse.

L'objectif est de réduire le déficit budgétaire de la troisième économie d'Amérique latine. De 6% quand le gouvernement de Mauricio Macri est arrivé au pouvoir fin 2015, il est passé à 3,9% en 2017 et l'objectif pour 2018 est de 2,7%.

Par rapport aux autres pays d'Amérique latine, le déficit fiscal de l'Argentine est élevé, la plupart des pays de la région ont un passif inférieur à 2% du PIB, selon l'institut économique Capital Economics.

La réduction des subventions accordés par l'Etat aux factures de gaz, d'électricité, d'eau, et aux transports ont considérablement entamé le pouvoir d'achat de millions d'Argentins, longtemps habitués à payer un prix dérisoire pour les services publics.

Déjà la semaine dernière, des manifestants contre les mesures d'ajustement préconisées quand un pays fait appel à l'aide du FMI avaient battu le pavé dans la capitale argentine.

Après la crise du peso argentin, qui s'est déprécié de près de 20% en avril/mai, l'Argentine négocie avec le FMI un prêt.

D'après les organisations sociales qui manifestaient vendredi, un accord avec le FMI va provoquer "plus de faim et de misère", selon leurs pancartes brandies face au palais présidentiel.

Fabian Navarro, un chômeur de 43 ans, est venu de La Matanza, une banlieue défavorisée de Buenos Aires, pour dire "non à l'augmentation des factures" des services essentiels. Sa facture d'électricité est passée de 100 à 600 pesos (de 6 à 20 euros) en deux ans et il ne parvient pas à trouver un emploi salarié.

"Que les politiciens et les ministres commencent par faire des sacrifices, c'est toujours la population qui paie les pots cassés", estime Claudia Cristi, 30 ans, désolée de la "récupération politique" des manifestations contre le gouvernement.

"Nous avons une classe dominante, pas une classe dirigeante, nos politiciens font des affaires, rien de plus", regrette Adolfo Godoy, 63 ans, en référence au président Mauricio Macri, un homme d'affaires, et aux membres du gouvernement, souvent issus du secteur privé.

Jeudi, le président de centre-droit a mis son veto à un projet de loi voté adopté par l'opposition visant à limiter la hausse de l'électricité et du gaz et à l'indexer sur les augmentations des salaires. "Nous ne pouvons plus continuer de dépenser plus que ce que nous avons", s'est-il justifié.

Le FMI et la Banque mondiale pointent depuis des années le déficit budgétaire chronique de l'Argentine comme une des raisons de la fragilité de son économie.

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