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Atteint d'un cancer, cet Américain accuse l'herbicide Roundup de Monsanto

Atteint d'un cancer, cet Américain accuse l'herbicide Roundup de Monsanto

L'état de santé de Dewayne Johnson, atteint d'un cancer en phase terminale qu'il attribue à l'herbicide Roundup de Monsanto, était au centre des débats lundi lors du procès qu'intente cet Américain à la multinationale aux Etats-Unis. Le plaignant doit livrer dans la journée devant un tribunal de San Francisco son témoignage, très attendu dans ce procès, le premier du genre concernant les effets potentiellement cancérigènes de ce produit chimique largement utilisé dans le monde, et ce, depuis des décennies.

Dewayne Johson, qui accuse Monsanto d'avoir sciemment caché la dangerosité du produit, est arrivé au tribunal aux alentours de 09H00 (16H00 GMT), vêtu d'une veste en cuir brun clair, accompagné de l'un de ses avocats et de son épouse.

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L'audience de lundi a débuté par le témoignage du Dr Ope Ofodile, dermatologue, l'un des médecins qui suit Mr Johnson depuis 2014. Elle est appelée à commenter des photos des lésions cutanées sur le corps de Mr Johnson.

Ce dernier, "effrayé par l'état de sa peau", avait initialement consulté des médecins pour "éruptions cutanées", a-t-elle notamment indiqué.

Dewayne Johnson, père de deux enfants, qui devait témoigner un peu plus tard dans la journée, a été diagnostiqué il y a deux ans d'un lymphome non-hodgkinien, incurable, qui lui vaut de nombreuses lésions sur le corps.

Entre 2012 et 2014, il a vaporisé sur des terrains scolaires d'une petite ville de Californie, dans l'ouest des Etats-Unis, du Roundup dont le principe actif est le glyphosate, un désherbant aussi efficace que controversé, ainsi que du Rangerpro, un autre produit du même type.

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Selon cet Américain de 46 ans, c'est ce produit qui a causé sa maladie, et Monsanto, qui vient d'être racheté par l'allemand Bayer, a sciemment dissimulé sa dangerosité alors qu'il aurait dû faire figurer un avertissement sur l'emballage.

"Monsanto sait depuis 40 ans que les composants de base du Roundup peuvent provoquer des tumeurs chez des animaux de laboratoire", avait affirmé l'un des avocats du plaignant, Brent Wisner, au premier jour du procès, le 9 juillet.

La tâche de l'accusation est ardue car il s'agit de convaincre les jurés du lien entre le Roundup et le cancer de Dewayne Johnson alors que celui-ci n'a pas été prouvé scientifiquement en dépit de longues années de débat.

De son côté, Monsanto s'est attaché depuis le début du procès à réfuter tout lien entre glyphosate et cancer, études scientifiques à l'appui, qui sont, elles, contestées par les anti-glyphosates. L'audience de lundi sera un passage délicat pour Monsanto, tant le témoignage Dewayne Johnson s'annonce poignant. "Le cancer de M. Johnson est une maladie terrible et nous devons tous avoir la plus grande empathie pour l'épreuve qu'il traverse", avait d'ailleurs pris soin de souligner l'un des avocats du groupe Monsanto à l'ouverture du procès, George Lombardi.

Etudes sujettes à caution ?


"Les preuves scientifiques montrent que les produits à base de glyphosate ne provoquent pas le cancer et n'ont pas entraîné le cancer de M. Johnson", avait-il toutefois argué.

La défense de M. Johnson a dit espérer "le plus possible" en dommages et intérêts de la part de Monsanto, qui fait l'objet de milliers de procédures en justice aux Etats-Unis, à des degrés divers d'avancement.

Commercialisé depuis 1974, le Roundup, l'un des herbicides les plus utilisés au monde, contient du glyphosate, qui fait l'objet d'études et d'avis contradictoires.

Contrairement à l'agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA), la Californie, où se trouve San Francisco, a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes.

Le glyphosate est aussi classé "cancérigène probable" depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques).

Le glyphosate fait particulièrement polémique en Europe. Après la décision de l'Union européenne en novembre de renouveler la licence de l'herbicide pour cinq ans à quelques jours de son expiration, le gouvernement français s'est, lui, engagé à cesser d'utiliser cette substance pour les principaux usages d'ici trois ans. Le glyphosate est toutefois plébiscité par les cultivateurs pour son efficacité et son faible coût.

Ses détracteurs reprochent aux agences scientifiques de l'Union européenne de trop s'appuyer sur des données fournies par l'industrie, par manque de moyens et de personnel, mettant en doute les études publiées.

Le procès Mansanto devrait durer au moins jusqu'au mois d'août.

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