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Au Canada, dernier hommage à la famille musulmane tuée à la voiture-bélier

 
 

Un dernier hommage solennel a été rendu samedi à London en Ontario à une famille musulmane fauchée délibérément par un pick-up, un acte qui a choqué le Canada et a été qualifié de "terroriste" par le Premier ministre Justin Trudeau.

Quatre membres de la famille Afzaal, originaire du Pakistan - un couple, leur fille et sa grand-mère - se promenaient près de chez eux à London quand ils ont été tués dimanche dernier par un jeune homme de 20 ans qui a précipité son véhicule sur eux.

Le fils de neuf ans du couple, Fayez, grièvement blessé, a survécu.

Plusieurs centaines de personnes, rassemblées sur une vaste aire de stationnement et un terrain de football avoisinant un centre islamique ont assisté samedi à une cérémonie publique en plein air devant les quatre cercueils, recouverts symboliquement du drapeau canadien.

"Que leurs cercueils soient drapés dans la belle bannière canadienne témoigne du fait que la nation canadienne entière les accompagne", a salué Raza Bashir Tarar, l'ambassadeur du Pakistan, dans une brève intervention.

La cérémonie a été diffusée en direct par les principales chaînes d'information canadiennes. Après quelques prises de parole et les prières, le convoi a pris le chemin du cimetière musulman pour l'inhumation en privé de Salman Afzaal, 46 ans, de sa femme Madiha, 44 ans, de leur fille Yumna, 15 ans, et de sa grand-mère Talat, 74 ans. Leur mort brutale a secoué la communauté musulmane du Canada.

"Nous ne sommes pas seuls dans notre douleur" a déclaré Ali Islam, un oncle de Madiha Salman, soulignant que l'émotion provoquée par l'attaque et les messages de réconfort venus de toutes parts "ont constitué un premier pas pour trouver un chemin vers la guérison". "Nous nous sommes rendus compte que notre famille élargie était bien plus grande que nous n'aurions pu imaginer", a-t-il lancé.

Un participant à la cérémonie, Sajid Ali Mohamed, a noté que cette fois-ci, l'acte avait été qualifié de "terroriste" alors qu'il y a peu, l'accent aurait été sans doute mis sur la maladie mentale de l'auteur de l'attaque.

"Finalement, une attaque contre des musulmans est caractérisée d'attaque terroriste", a-t-il déclaré à l'AFP, estimant que c'était "un pas dans la bonne direction".

Le Premier ministre Justin Trudeau avait rapidement dénoncé "une attaque terroriste motivée par la haine", promettant notamment de renforcer la lutte contre les groupes extrémistes.

Pour Sajid Ali Mohamed, qui avait fait plusieurs heures de route pour assister à la cérémonie, il était important d'être là, avec les autres, "car nous devons guérir ensemble". "J'ai été sous le choc" en apprenant la nouvelle, car les Afzaal étaient une "famille comme la mienne", a-t-il dit, en soulignant qu'il a lui aussi une femme, deux enfants et des parents avec qui il va se promener. "Nous sommes très nombreux à avoir exactement le même sentiment", a-t-il ajouté.

De nombreuses veillées ou manifestations de soutien ont eu lieu à travers le Canada. Plusieurs milliers de personnes avaient participé vendredi soir à une marche œcuménique dans les rues de London, qui compte une communauté musulmane de quelque 30.000 personnes. Un hommage avait aussi eu lieu à Québec, où une fusillade avait fait six morts dans une mosquée en janvier 2017.

L'attaque a suscité des interrogations sur l'islamophobie au Canada et, au sein de la communauté musulmane, la crainte que manifester son appartenance religieuse puisse faire d'elle une cible.

Plusieurs organisations musulmanes canadiennes ont réclamé la tenue d'un sommet sur l'islamophobie. Elles pourraient obtenir satisfaction car les députés canadiens ont adopté en fin de semaine une motion non contraignante, présentée par le Nouveau Parti Démocratique (NPD - gauche), pour la tenue d'un tel sommet cet été.

Le jeune homme qui a fauché la famille Afzaal, Nathaniel Veltman, a été inculpé de quatre meurtres avec préméditation et d'une tentative de meurtre.

La police, qui a parlé d'un acte "prémédité et planifié, motivé par la haine", n'a pas exclu de porter contre lui d'autres accusations de nature "terroriste".




 

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