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Au carnaval de La Havane, entre tradition et renaissance

Víctor Marrero a passé la moitié de sa vie à se maquiller, chaque mois d'août, pour danser au carnaval de La Havane, fête moins faste que par le passé mais qui cette année se dynamise pour célébrer 500 ans de la ville.

A 89 ans, Víctor Marrero est le plus vieux danseur encore en activité dans le carnaval de la capitale. Il fait partie de la troupe El Alacrán ("le scorpion"), créée en 1908, la plus ancienne de cette fête qui remonte aux débuts de la colonie cubaine.

"Je suis Papy Cuñengue depuis plus de 40 ans", raconte-t-il en peignant son visage en noir, face à un miroir, aidé par ses filles.

Dans la Regla Conga o Palomonte, un culte religieux africain, le Papy Cuñengue est un vieux sorcier qui aurait sauvé une esclave noire piquée par un scorpion pendant qu'elle travaillait dans les champs de canne à sucre. La troupe El Alacrán met en scène cette légende et les célébrations qui auraient suivi le sauvetage de la femme.

- Pas de masques -

Le carnaval de La Havane, autrefois l'un des plus populaires d'Amérique latine, a commencé le 16 août cette année et se veut intense, avec des rythmes et des mouvements hérités de ses racines africaines. Dans la chaleur de l'été caribéen, sur la promenade du Malecon, les familles regardent les chars passer.

Mais il n'y a pas de masques à La Havane. Au début de la révolution de Fidel Castro en 1959, ils ont été interdits pour empêcher que des opposants déguisés ne sabotent le régime, et l'usage s'est progressivement perdu.

"J'aime beaucoup aller au carnaval, c'est divertissant. Tous les Cubains l'attendent", dit Claudia, 53 ans, qui vient de La Vibora.

Les compagnies préservent l'essence africaine et représentent les divinités orishas du panthéon Yoruba, comme Yemayá, Obatalá et Changó. Elles reçoivent une aide de l'Etat pour leurs costumes.

Santos Ramírez ("Santi"), 46 ans, a pris les rênes de la troupe El Alacrán à la mort de son père. La troupe avait été créée par son arrière-grand-père. A l'époque, l'ancêtre de Santi était le seul noir, les autres danseurs étaient blancs. C'est pour cela que Papy Cuñengue continue de se peindre le visage, pour représenter les esclaves noirs.

Aujourd'hui, El Alacrán est presque entièrement constitué d'Afrocubains.

"Nous devons sauver les jeunes qui se détournent des troupes et de la conga, à cause du reggaeton et d'autres genres musicaux étrangers", considère Santos Ramírez. "Nous faisons évoluer la troupe vers le XXIe siècle, pour qu'elle soit plus dynamique, plus attractive. Nos danseurs ont entre 15 et 35 ans", ajoute-t-il.

Pour la danseuse Esther de la Caridad, 20 ans, "c'est une tradition familiale (...) qu'on ne doit pas laisser se perdre".

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