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Au congrès de Lille, FO change de tête après quelques mois chahutés

Force Ouvrière va changer de patron. Après 14 ans à la tête du syndicat et des derniers mois chahutés, Jean-Claude Mailly passera le relais fin avril à Pascal Pavageau lors d'un congrès à Lille qui promet d'être mouvementé.

Entre 3.000 et 4.000 personnes sont attendues au Grand Palais de Lille, entre le 23 et le 27 avril, pour débattre, et adouber un nouveau secrétaire général, encore inconnu du grand public.

"Cela va être rock and roll!", prédit Jean-Claude Mailly, qui s'attend à être bousculé pour son dernier congrès.

Il faut dire que l'année 2017 a été houleuse pour le numéro un de FO. En cause, sa position sur les ordonnances travail: après avoir défilé à maintes reprises en 2016 contre la loi El Khomri, Jean-Claude Mailly a accepté la concertation avec le gouvernement d'Emmanuel Macron sur la réforme du Code du travail et refusé de descendre dans la rue.

Au point qu'en septembre, plusieurs fédérations FO battent le pavé au côté de la CGT. Le chef devient très contesté et est sérieusement secoué dans un comité confédéral national (CCN).

Six mois après, et les ordonnances réformant le droit du travail promulguées, Jean-Claude Mailly assure "ne rien regretter" de ce "choix" qu'il qualifie de "pragmatique". Et il laisse entendre également qu'à quelques mois d'un congrès, les remous sont un grand classique.

C'est lui qui ouvrira ce rendez-vous lundi 23 avril, première journée à laquelle il a convié, invitation rarissime, deux anciens ministres du Travail, Xavier Bertrand (ex-LR) et Martine Aubry (PS), à s'exprimer.

Pas sûr que la présence de ces politiques ravissent les troupes. Les militants auront plusieurs heures, à compter de lundi après-midi et jusque mercredi soir, pour s'exprimer librement. Jean-Claude Mailly doit leur répondre jeudi matin.

Autre probable thermomètre du mécontentement, le vote du rapport d'activité de l'actuel secrétaire général, qui fait le bilan des dernières années et devrait recueillir plus d'abstentions que d'ordinaire, selon des sources concordantes.

- "Nouvelles têtes" -

Place ensuite au nouveau. Le Parlement du parti - le CCN - aura à voter pour le seul candidat en lice: Pascal Pavageau. Ce fonctionnaire de 49 ans a décidé de longue date de briguer la tête de Force Ouvrière.

Lorsque M. Mailly a commencé à dire qu'il partirait, "Blondel (ex-secrétaire général de FO, ndlr) m'a dit: +Mon petit Pavageau tu ne peux pas jouer les Jacques Delors+", autrement dit cultiver un long suspense, raconte-t-il. C'était en 2011.

Après ces derniers mois agités en interne, le successeur de Mailly se présente en pacificateur, candidat "de la base", l'indépendance en bandoulière, "sans carte au PS" en particulier pour se démarquer de son prédécesseur.

Il semble adopter un ton plus virulent à l'encontre de l'exécutif, favorisé par une contestation croissante qui va de la SNCF, aux fonctionnaires, en passant par les maisons de retraites et les universités, un an après l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir.

A la tête de FO, Pascal Pavageau entend "réhabiliter" l'engagement syndical qui permet de défendre les salariés.

Il arrive avec une jeune garde à ses côtés. Six nouvelles têtes, sur 13, vont en effet faire leur entrée au bureau confédéral, plutôt des quadras, qui seront là pour "bosser" et "pas pour faire de la représentation", explique-t-il.

FO, qui a récemment fêté ses 70 ans, est le troisième syndicat en terme d'audience et a du chemin à rattraper concernant son implantation dans les entreprises. Il est en revanche premier dans la fonction publique d'État dont est issu M. Pavageau.

A 65 ans, Jean-Claude Mailly quittera, lui, la scène nationale et a récemment déclaré qu'il allait "prendre un mandat" au Comité économique et social européen.

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