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Au Nicaragua, le saint de Masaya fait la grève contre Daniel Ortega

Au Nicaragua, le saint de Masaya fait la grève contre Daniel Ortega
Célébrations de la Saint Jérôme, le saint de la ville de Masaya, le 30 septembre 2018 au NicaraguaINTI OCON

A Masaya la ville rebelle du sud du Nicaragua, Saint Jérôme a décidé de faire grève pour rendre hommage aux victimes de la crise qui a fait plus de 320 morts, mais les partisans du président Daniel Ortega répliquent en défilant avec une copie de sa statue.

Une partie de cette ville n'oublie pas que policiers et paramilitaires ont tiré à balles réelles contre les opposants il y a seulement quelques semaines dans les rues du quartier rebelle de Monimbo.

Les forces gouvernementales ont "nettoyé" avec une particulière violence cette partie de la ville, qui a été la dernière à défier le pouvoir avec des barricades de fortune.

A Masaya, 100.000 habitants, où les divisions entre anti et pro-gouvernement sont particulièrement marquées, les festivités du patron de la ville, Saint Jérôme, donnent lieu à des scènes cocasses.

D'ordinaire, la statue réputée miraculeuse du saint, conservée dans une église de Masaya (30 km a sud de Managua), est chaque année au centre de festivités populaires. Mais le curé de la paroisse a décidé cette fois qu'elle ne sortira pas dans les rues de la ville en signe de deuil.

Une procession a donc accompagné dimanche une réplique sandiniste (du nom du parti au pouvoir) du saint, escortée par la fanfare municipale et des dizaines de policiers anti-émeutes, mais privée de la bénédiction du père José Espinoza, et du carillon des cloches de l'église.

"Cela nous fait de la peine que le curé n'ait pas ouvert les portes (de l'église pour sortir) Saint Jérôme", regrette Hazel Rodriguez, une jeune dévote qui danse au son de la musique de la procession.

"C'est le peuple qui commande, pas le curé", renchérit son compagnon Milton en assurant, leur fille sur les épaules, que la réplique sandiniste est tout aussi miraculeuse que la statue originale.

Le clocher de l'église qui abrite le "vrai" saint à la barbe blanche a été chargée d'un énorme ruban noir.

"Nous sommes pleins de douleur pour notre prochain qui a perdu la vie, et parce que la répression continue", commente Socorro Castillo, en prière devant la statue de Saint Jérôme.

- Masaya en "deuil" -

"Il y a beaucoup de tristesse et de douleur dans l'atmosphère" et les fêtes paroissiales n'ont pas cette année "la splendeur accoutumée" à cause des morts, des arrestations et des enlèvements d'opposants, explique à l'AFP le père José Espinoza.

A Masaya, la paroisse a décidé cette année de célébrer Saint Jérôme par "la prière, le recueillement et la sobriété", indique le curé.

Dans l'église, des milliers de fidèles ont défilé ces dernières semaines pour faire leurs dévotions devant la statue du saint patron des pauvres et des malades, flanquée des deux drapeaux de l'Eglise et du Nicaragua.

"Nous sommes d'accord avec l'Eglise, à cause des morts, si nombreux", déclare à l'AFP, Gerardo Diaz. Agé de 63 años, il est venu, cierge à la main en compagnie de ses deux fils, remercier le saint pour sa protection durant la crise.

Pour les partisans du président Ortega, qui accuse ses opposants d'être des "putschistes", la situation est désormais sous contrôle et il est essentiel que les festivités de Saint Jérôme puissent donner corps à ce que le gouvernement assure: tout est redevenu normal.

Le pouvoir a donc organisé dans le centre de Masaya des fêtes gastronomiques, des concours hippiques et a rouvert le marché artisanal de la ville, incendié durant les troubles.

"Le gouvernement fait cela pour se moquer du peuple et de l'Eglise. Ils se moquent de tous ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, et maintenant ils se moquent du deuil de la population", s'indigne Francisco Villareal, 52 ans.

En mai dernier, alors que la protestation contre les autorités était à son comble, c'est la statue du héros national Augusto Cesar Sandino, dans sa petite ville natale de Niquihomo, près de Masaya, qui avait été au coeur de l'affrontement entre pro et anti-Daniel Ortega.

Tandis que les opposants la peignaient en bleu et blanc, les couleurs du drapeau national, les partisans répliquaient avec le rouge et noir du parti sandiniste au pouvoir.

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