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Au Pakistan, la percée d'un parti "anti-blasphème"

Plus de 1.500 candidats et seulement une poignée d'élus mais les partis religieux fondamentalistes ont séduit des millions d'électeurs lors des législatives pakistanaises de mercredi, remportées par l'ex-champion de cricket Imran Khan.

Les thèses extrémistes, notamment l'ultra-sensible question du blasphème, ont eu un vaste écho lors de la campagne électorale qui a précédé le vote, certains candidats comme M. Khan les reprenant parfois à leur compte pour gagner des voix.

Voici un point sur les performances des principaux d'entre eux.

- Le parti anti-blasphème -

Les résultats obtenus par le Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), dirigé par le prêcheur radical Khadim Hussain Rizvi, ne manqueront pas d'inquiéter les libéraux pakistanais.

Fondé en 2015, le groupe s'est rendu célèbre en novembre 2017 en bloquant des semaines durant le principal accès à la capitale Islamabad pour exiger une application plus stricte des controversées lois sur le blasphème. Il réclame notamment la peine de mort automatique pour quiconque insulte l'islam ou le prophète Mahomet.

Khadim Hussain Rizvi aurait récemment déclaré que s'il prenait la tête du Pakistan, puissance nucléaire, il ferait "disparaître les Pays-Bas de la face du monde" en représailles à l'organisation d'un concours de caricatures de Mahomet par un parti anti-islam néerlandais.

Le TLP n'a remporté aucun siège au Parlement fédéral, où il se présentait pour la première fois, mais il en a gagné deux à l'assemblée provinciale du Sindh (sud).

Il a néanmoins réuni plus de 2,23 millions de voix au niveau national, et plus de 2,38 millions au niveau provincial, selon les chiffres de la Commission électorale.

"Leur nombre total de voix est très surprenant. C'est vraiment une percée spectaculairement rapide", estime le commentateur politique Fasi Zaka.

Elle est particulièrement inquiétante aux yeux de la communauté Ahmadie, une branche de l'islam considérée comme hérétique et persécutée de longue date au Pakistan.

- Le parti d'Hafiz Saeed -

Le parti Allah-o-Akbar Tehreek a reçu le soutien d'Hafiz Saeed, cerveau présumé des attentats de Bombay en 2008, qui avaient fait 166 morts.

Les Etats-Unis ont offert en 2012 une récompense de 10 millions de dollars pour toute information conduisant à l'arrestation ou à la condamnation d'Hafiz Saeed, qui est aussi l'un des hommes les plus recherchés par New Delhi.

La Commission électorale avait interdit en juin au parti politique Milli Muslim League (MML), considéré comme une vitrine du Lashkar-e-Taiba (LeT) d'Hafiz Saeed, de participer aux élections.

Le parti Allah-o-Akbar Tehreek a été formé peu après. Aucun de ses candidats n'a gagné de sièges mais il a réussi à rassembler plus de 435.000 voix aux niveaux national et provincial.

Pour l'analyste M. Zaka, il s'agit d'une "contreperformance" étant donné la popularité dans le pays de la branche humanitaire du mouvement, le Jamat-ud-Dawa.

- Les extrémistes sunnites -

Le Ahle Sunnat Wal Jamaat (ASWJ) est un groupe radical sunnite qui incite fréquemment à la haine contre la minorité chiite du Pakistan, qu'elle considère comme hérétique.

"Si nous prenons le pouvoir le soir et qu'il reste un seul chiite en vie au Pakistan le matin suivant, alors changez mon nom", a lancé durant un meeting le chef de l'ASWJ, Muhammad Ahmed Ludhianvi.

L'ASWJ est considéré comme la vitrine politique du groupe insurgé radical Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), responsable de nombreux attentats meurtriers contre des chiites au Pakistan.

Ses candidats se sont présentés en indépendants et ont remporté au moins un siège à l'assemblée provinciale du Pendjab (centre).

Pour l'analyste M. Zaka, si la configuration du système électoral pakistanais n'a pas permis aux extrémistes de gagner beaucoup de sièges, le nombre de voix total qu'ils ont rassemblées leur confère un poids conséquent dans un paysage politique fragmenté.

"Ce qui est intéressant dans ces élections, ce n'est pas ce qu'elles disent du Pakistan d'aujourd'hui, mais le genre d'espace qu'elles créent pour le Pakistan dans cinq ans", a-t-il dit à l'AFP.

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