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Au Pakistan, les tambours du ramadan s'éteignent progressivement

Depuis 35 ans, chaque nuit de ramadan, Lal Hussain parcourt les rues de la vieille ville de Rawalpindi, son tambour à la main, et hurle aux habitants endormis : "réveillez-vous et mangez votre repas du matin !" Mais son rituel, centenaire, s'éteint progressivement face aux assauts du progrès.

Vers une heure du matin, ce petit homme mince à la moustache finement taillée descend de son petit appartement par un escalier étroit. Il passe la bride de son instrument autour de son cou, se munit de ses baguettes, puis commence à jouer, dans la nuit silencieuse. Lentement d'abord, puis il accélère.

Au rythme de son tambour, que ses cris ponctuent, des femmes et enfants apparaissent aux fenêtres. Dans les rues, des hommes lui donnent parfois quelques billets.

Une fois qu'arrive l'Aïd, qui marque la fin du mois saint, il se rend sur les pas de portes, en quête d'une plus généreuse rétribution. "Je ne demande jamais rien, précise-t-il. Si quelqu'un ne me donne pas, je ne dis rien."

Lal Hussain, 66 ans, tambourine ainsi depuis 1983. Employé pendant un quart de siècle au sein de l'armée de l'air pakistanaise, il a mené de front, chaque ramadan, ses deux activités : électricien le jour, clairon la nuit.

Mais le progrès a mis cette double-vie en péril. Il y a eu les haut-parleurs, qui avertissent les fidèles pakistanais du début du jeûne, au lever du soleil. Les réveils, qui indiquent quand prier, et quand prendre le sehri, le dernier repas avant une longue journée sans boire ni manger, durant lequel des assiettes de nourriture et des litres d'eau sont engloutis.

La multiplication des téléphones portables, aux alarmes intégrées, a porté un dernier coup, presque fatal, à son activité.

"Le besoin est la mère des innovations", philosophe Uxi Mufti, l'ancien directeur général de l'Institut national pakistanais pour la culture et le patrimoine. "Maintenant que (les percussionnistes) ne sont plus requis, ils disparaissent."

Chaque année, les hommes-tambours se font plus rares au Pakistan. "Il n'en reste même pas une douzaine à Rawalpindi", une ville de 5 millions d'habitants accolée à la capitale Islamabad, soupire Lal Hussain. "Avant, il y avait des joueurs de tambour dans chaque rue, mais beaucoup son partis. Les jeunes générations ont choisi d'autres professions."

Lui n'en a cure. A 66 ans, alors qu'il se bat contre l'hépatite C, Lal Hussain est déterminé à poursuivre sa tâche aussi longtemps que possible, s'attirant l'affection des habitants.

"Cela ravive le souvenir de nos aïeux, de notre culture. Donc nous l'apprécions de la même manière" qu'eux, observe Yasir Butt, l'un d'entre eux.

Le dernier espoir de Lal Hussain réside dans les failles énergétiques du Pakistan, où les coupures d'électricité restent fréquentes, ce qui peut parfois détraquer la technologie et mettre à mal les batteries des téléphones.

"Il y a des gens qui me disent de continuer à jouer du tambour car ils n'ont plus confiance en leur portable", sourit-il.

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