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Au pays du pape, chemin tortueux pour légaliser l'avortement

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Les Argentins sont majoritairement favorables à la légalisation de l'avortement, mais le chemin est semé d'embûches au Parlement où un projet de loi en ce sens se heurte à la position inflexible de l'Eglise et à la mobilisation du pape.

Le pape François se défend de s'ingérer dans les affaires des pays souverains mais quand il s'agit d'avortement, il fait une entorse à ce principe. Il a adressé une lettre à ses compatriotes, les appelant à se mobiliser contre le projet de loi que le Parlement a commencé à examiner.

En demandant aux Argentins "une contribution pour la défense de la vie", il a rappelé les fondamentaux de l'Eglise.

La première victoire pour les promoteurs du droit à l'avortement, c'est que le débat puisse avoir lieu au Parlement, après des décennies de tentatives infructueuses.

Chaque année, 500.000 IVG sont pratiquées dans la clandestinité en Argentine.

Pour Marta Alanis, militante historique du droit à l'avortement, le fait qu'un débat parlementaire s'installe relève du miracle. "On pensait qu'avec un pape argentin le débat serait impossible, mais il y a une grande force populaire qui l'impulse".

"Ce n'est pas que nous sommes en faveur de l'avortement, poursuit-elle, nous estimons que les femmes ont le droit d'interrompre leur grossesse dans des conditions dignes, pas dans la clandestinité".

- L'avortement unit -

Le projet de loi de légalisation de l'IVG dans les 14 premières semaines de gestation a été déposé le 6 mars par la députée de centre-gauche Victoria Donda et soutenu par 71 autres parlementaires de gauche et de droite. Le combat pour le droit à l'avortement unit des politiciens qui sont habituellement opposés.

Quatre projets de loi sont discutés en commission, depuis le 20 mars. Une fois que les députés se seront entendus sur le texte, il sera soumis au vote de la chambre basse, puis par les sénateurs, réputés plus conservateurs.

"Le débat s'est imposé grâce à la mobilisation. C'est le résultat de la lutte de ces dernières années", a déclaré Mme Donda à l'AFP.

Son compagnon de groupe parlementaire, Felipe Solá a dénoncé le débat sur l'avortement comme "un rideau de fumée" lancé par le président Mauricio Macri pour distraire l'opinion publique des difficultés économiques.

D'après Marta Alanis, "les conditions sont réunies pour que la majorité des 247 députés adopte le texte".

"Nous avons gagné la conscience de la société, maintenant il faut gagner au Parlement", fait remarquer Victoria Donda.

Les sondages donnent tous la même tendance, en faveur du droit à l'avortement. Selon l'institut Synopsis, 53,5% des personnes interrogées dans le pays sont en faveur de la légalisation de l'avortement et 32,6% y sont opposées. D'après les sondages du Cedes pour Amnesty International, 59% des Argentins souhaitent que le projet de loi soit adopté.

Deux autres sondages limités à la la capitale Buenos Aires et sa périphérie donnent 57,7% (Management & Fit) et 66,6% (Grupo de Opinión Pública) en faveur de la légalisation.

Lors de la mobilisation à l'occasion de la journée des femmes, le 8 mars, des militantes avaient écrit sur leur ventre: "ici, c'est moi qui décide, pas l'Etat".

L'Argentine a été en 2010 le premier pays d'Amérique latine à légaliser le mariage homosexuel. En 2012, la loi sur l'identité sexuelle permet aux transexuels et aux travestis de changer de sexe à l'état civil.

Ces deux mesures votées pendant la présidence de Cristina Kirchner(2007-2015) avaient été durement combattues par l'archevêque de Buenos Aires de l'époque, Mgr Jorge Bergoglio, aujourd'hui pape.

Le débat sur l'avortement, lui, avait été court-circuité, Mme Kirchner y étant opposée. Son fils, le député Máximo Kirchner, s'est quant à lui prononcé en faveur.

Dimanche, les organisations "pro-vie", dopées par l'appel du pape, ont appelé à la mobilisation à Buenos Aires.

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