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Au Portugal, la nouvelle vie de réfugiés secourus en Méditerranée

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Préparant un couscous dans un appartement mis à disposition par la mairie de Fundao dans le centre du Portugal, Deborah Osaretin, réfugiée nigériane, renaît à la vie un an après avoir été secourue en mer Méditerranée par le navire humanitaire Aquarius.

La longiligne et souriante jeune femme de 21 ans s'est installée à la fin du mois de juin dans un modeste deux pièces qu'elle partage avec sa compagne d'odyssée Augustina Sunday.

Deborah Osaretin a trouvé un emploi dans une fabrique de composants d'horlogerie de Fundao, ville de 28.000 habitants à 250 km au nord-est de Lisbonne. Augustina, 21 ans aussi, travaille dans une cerisaie.

En juin 2018, l'Aquarius avait été un des premiers navires refoulés par le gouvernement italien qui fermait ses ports aux ONG recueillant des migrants en Méditerranée. Après une semaine en mer, il avait fini par accoster en Espagne et ses 630 passagers avaient été répartis entre six pays, dont 19 au Portugal.

Le Portugal est une exception en Europe: il est demandeur de réfugiés, notamment pour faire face à la pénurie de main d'oeuvre et au déclin démographique.

Et Fundao, en transformant en 2017 un ancien séminaire catholique en centre d'accueil des réfugiés, a voulu se poser en modèle d'intégration et freiner les effets de l'exode rural qui frappe la région.

Le bâtiment au pied des montagnes est tout proche du village de Donas, d'où est originaire la famille d'Antonio Guterres, actuel secrétaire général des Nations unies et ancien Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés.

Ses vastes locaux ont déjà accueilli une trentaine de réfugiés, dont ceux de l'Aquarius. Ils sont principalement originaires du Nigeria, du Sénégal, d'Erythrée et du Soudan.

- "Empathie" -

"Les migrants du centre d'accueil et leur intégration permettent de développer nos entreprises et de créer de la valeur.

Au sein de la population nous avons dépassé la première phase de méfiance pour passer à la fierté d'avoir des réfugiés", affirme le maire de Fundao Paulo Fernandes.

"L'attitude positive du Portugal par rapport aux migrants vient du fait que sa population a dû émigrer, et jusque très récemment pendant la crise.

Les Portugais ont donc cette facilité à éprouver de l'empathie pour eux", explique à l'AFP la secrétaire d'Etat portugaise aux réfugiés Rosa Monteiro.

Depuis 2015, près de 2.000 personnes, y compris des enfants et des vieux, sont arrivées au Portugal dans le cadre des programmes européens d'accueil des réfugiés.

43% de ceux en âge de travailler ont trouvé un emploi dans l'agriculture, la restauration, la confection ou la construction, selon Mme Monteiro. Les autres sont toujours dans des programmes de formation et de réinstallation ou ont quitté le pays.

Au total le gouvernement estime que près de la moitié des réfugiés qu'il a accueillis ont quitté le Portugal, parfois après seulement quelques semaines.

"Les réfugiés que nous perdons veulent souvent rejoindre des membres de leur famille sélectionnés par d'autres pays. Il arrive aussi qu'ils repartent vers des pays où les perspectives économiques sont plus intéressantes. Pour éviter ça, nous essayons de les informer au maximum sur le Portugal dès le processus de sélection", poursuit Rosa Monteiro.

Deborah Osaretin arrive à la fin du programme de réinstallation européen qui doit mener les réfugiés à l'autonomie dans leur pays d'accueil au bout d'un an et demi.

Dans six mois, elle devra rendre l'appartement et vivre sans le soutien de la mairie.

- "Avoir sept enfants" -

"A vrai dire je suis très heureuse car désormais j'ai un toit, je travaille, je mange bien (...) mon but c'est de faire ma vie ici, trouver un mari et avoir sept enfants", dit-elle à l'AFP.

La jeune femme raconte avoir quitté sa famille et le Nigeria pour fuir les attaques répétées du groupe terroriste Boko Haram.

Elle a ensuite traversé des déserts au Niger et en Libye pour arriver jusqu'à la Méditerranée, monter dans une embarcation de fortune et finalement être secourue par l'Aquarius.

"Tous les jours je pense aux risques que j'ai pris, quand je n'avais plus de forces, quand je n'avais plus d'eau, dit-elle. Je ne conseillerais à personne de faire ce que j'ai fait".

Mory Camara, 20 ans, lui aussi logé au centre de Fundao, dit avoir quitté en 2017 la Guinée à majorité musulmane parce que sa foi chrétienne lui a valu d'être répudié par sa famille et persécuté par les habitants de son village.

En Libye, le jeune homme a échappé de peu à la mort quand son embarcation a fait naufrage lors de l'une de ses tentatives de traversée de la Méditerranée. Il compte bien rester au Portugal où il est arrivé en mars dernier.

"Ici je suis en sécurité, libre de mes mouvements, ceux qui prennent le risque de faire le voyage jusqu'en Europe comme moi veulent juste être libres", dit-il à l'AFP depuis sa petite chambre dans les combles du séminaire.

Mory se verrait bien travailler dans l'informatique. En attendant une opportunité, il suit assidument les cours de langue.

Andreia Roque, l'une des responsables du centre, se réjouit de la détermination affichée par les réfugiés.

"Malgré l'obstacle de la langue qui est le plus difficile, ils sont très motivés, dit-elle. C'est pour cela qu'à court terme nous souhaitons notamment avoir davantage d'espaces communs et augmenter notre capacité d'accueil".

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