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Au Venezuela, un autre pont Morandi suscite la crainte

Au Venezuela, un autre pont Morandi suscite la crainte
Viaduc du Général Rafael Urdaneta, qui traverse le lac Maracaibo, le 3 mai 2018 au VenezuelaFederico PARRA

Plus ancien et près de huit fois plus long que son "jumeau" de Gênes, le pont Morandi de Maracaibo, au Venezuela, inquiète après la tragédie italienne, d'autant qu'un incendie du réseau électrique circulant sur cette structure vient de s'y produire.

Long de 8.678 mètres, contre 1.182 pour celui de Gênes, le viaduc Général Rafael Urdaneta, également conçu par Riccardo Morandi, a été inauguré en 1962, soit 5 ans avant l'ouvrage italien qui s'est partiellement effondré mardi, faisant près de 40 morts.

Ce pont, seul axe qui traverse le vaste lac de Maracaibo, est resté fermé de vendredi à lundi après l'incendie d'une armoire électrique située à une de ses extrémités. A cet endroit, passe le réseau qui alimente la deuxième ville du Venezuela et coeur battant de l'industrie pétrolière du pays.

Quelque quatre millions d'habitants de la zone ont été privés d'électricité et pratiquement isolés du reste du pays, où les coupures de courant sont fréquentes.

Mais cette fois-ci "le cauchemar a été beaucoup plus long", se plaint Roxana Peña, qui habite à San Francisco, à proximité de l'ouvrage.

Le gouvernement dénonce un acte de "sabotage", une thèse fréquemment utilisée par le camp du pouvoir pour expliquer les dysfonctionnements au Venezuela, secoué par une grave crise politico-économique.

En milieu de semaine, l'accès au pont était toujours limité en raison des réparations.

Mais au-delà de cet incident, celui qui fut le pont le plus long du monde à sa construction en 1962, inquiète.

Selon Marcelo Monot, ex-président du Centre des ingénieurs de Zulia, les pylônes n'ont pas été inspectés depuis plus de deux décennies.

- Rapport en préparation -

En outre, "le système de pesage (des véhicules) ne fonctionne pas depuis des années: le poids des camions n'est donc pas vérifié, ce qui représente un risque", ajoute-t-il.

Interrogée par l'AFP, l'ingénieure italienne Marzia Marandola, également professeure d'histoire de l'architecture à l'université romaine de la Sapienza, estime que le viaduc de Gênes n'était pas adapté au trafic actuel.

"Le trafic sur le pont (italien) est dix fois supérieur à celui prévu lors de sa construction. En plus du nombre, le poids de chaque véhicule a aussi augmenté. Je ne pense pas qu'on pouvait l'adapter à une charge si importante", juge cette femme, auteur d'une thèse sur Riccardo Morandi.

"Il faut attendre le résultat de l'enquête, mais avec un pont comme celui-ci, construit comme une balance, il suffit qu'il se déséquilibre un peu pour que tout l'édifice s'écroule", ajoute-t-elle.

Au Venezuela, les routes sont exclusivement contrôlées par l'Etat.

Une alternative au viaduc de Maracaibo, le pont Nigale, est en construction depuis plusieurs années, mais "seul 17% ont été réalisés en 12 ans", explique M. Monot. Cet ouvrage inachevé fait partie des chantiers d'Odebrecht, géant du BTP au coeur d'un scandale de corruption qui éclabousse toute la région.

Ce fleuron brésilien du bâtiment a reconnu avoir versé durant des années des pots-de-vin pour obtenir des chantiers à travers l'Amérique latine.

A la suite de l'incendie sur le pont vénézuélien, antérieur à l'accident de Gênes, des experts de l'université de Zulia, à Maracaibo, le Centre des ingénieurs et la Chambre de la construction préparent un rapport sur l'état de cet ouvrage qui sera remis au gouvernement.

"Nous n'allons pas émettre un diagnostic irresponsable (...) et ne pas tomber dans le sensationnalisme", déclare à l'AFP Enrique Ferrer, président de la Chambre de la construction.

Il s'agira d'un travail réalisé à titre gratuit dont le but sera de "rassurer la population", a-t-il ajouté.

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