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Au Zimbabwe aussi, l'arme du viol contre les femmes

"L'un d'entre eux m'a forcée à me coucher sur le lit. Il m'a violée puis il a quitté la chambre. Puis un deuxième (soldat) m'a violée, devant les deux autres qui sont restés là, les armes à la main. Et quand il a fini, ils sont tous repartis".

Depuis quelques jours, des témoignages du même acabit commencent lentement à émerger.

Pour mater la fronde sociale qui vient d'embraser le Zimbabwe après l'augmentation spectaculaire des prix des carburants, les forces de l'ordre ne se sont pas contentées de tirer à balles réelles sur les manifestants ou de tabasser systématiquement les civils. Elles ont aussi eu recours à l'arme du viol.

Plusieurs ONG affirment avoir recueilli les témoignages circonstanciés d'au moins une vingtaine de femmes victimes de violences sexuelles de la part de soldats ou de policiers.

L'une d'elles s'est confiée à l'AFP jeudi, dans un lieu discret de la capitale Harare.

Mère de deux enfants, la jeune femme raconte, le visage strié de larmes, comment une patrouille militaire s'est invitée de force en pleine nuit à son domicile, et comment deux soldats en ont profité pour abuser d'elle.

"Le 17 janvier, les soldats sont arrivés chez moi vers minuit", raconte la victime. "Ils ont violemment tapé dans la porte (...). L'un d'entre eux a crié +Ouvrez+. Alors je suis sortie de mon lit et j'ai ouvert la porte. Ils étaient quatre soldats".

La jeune femme est repoussée sans ménagement. "Quand je leur ai dit que j'étais seule, ils m'ont conduit dans ma chambre". C'est là que deux des militaires la violent sur son lit.

- Peur de représailles -

"Quand ils ont fini de me violer, je me suis assise sur mon lit et j'ai pleuré", lâche la trentenaire. "Vers 04h00 du matin, je suis sortie pour réveiller la fille de mon propriétaire".

A ce jour, elle ne s'est toujours pas présentée à la police pour rapporter son agression, par peur des représailles.

C'est là la principale difficulté des ONG qui tentent de soutenir les victimes de la répression brutale ordonnée par le gouvernement.

La société civile a dénombré au moins 12 morts. Plus d'un millier de personnes ont été arrêtées selon la police.

Une ONG, Justice for Women's Rights Zimbabwe, a identifié à Harare neuf femmes soignées pour agression sexuelle. Mais aucune d'entre elles n'a encore osé porter plainte.

"Les femmes n'ont pas confiance dans le système", explique une militante de l'organisation, Karen Mukwazi.

Une autre femme qui s'est confiée à l'ONG a indiqué qu'elle n'avait même pas parlé de son agression à son mari.

"Nous vivons dans une société qui, en matière de violences sexuelles, rejette la faute sur les victimes", regrette Talent Jumo, du centre de santé Katswe-Sistahood de Harare.

Dès les premières accusations de viol sur la place publique, la police a invité les victimes à venir témoigner en leur assurant qu'elles seraient reçues par des personnels formés.

- "Empathie" -

"Toutes les femmes seront traitées avec empathie", a promis la ministre de l'Information Monica Mutsvangwa. "Nous ne tolèrerons aucun comportement criminel de qui que ce soit dans la société, surtout de ceux qui détiennent un pouvoir".

Face au tollé suscité par la répression, le président Emmerson Mnangagwa a aussi promis des enquêtes sur les exactions commises par ses troupes et, le cas échéant, des sanctions.

L'ambassade des Etats-Unis a apporté son soutien aux "survivantes de viol" et exhorté "les autorités à enquêter et juger leurs auteurs".

Mais les ONG n'y croient guère. Elles exigent aujourd'hui la mise en place d'une institution ad hoc pour traiter les plaintes pour viol.

"Si l'armée et la police sont sincères, elles doivent confier ces dossiers à une instance spécifique", estime Coezett Chirinda, de l'Académie des femmes pour le leadership et l'excellence politiques (WALPE).

Militante de longue date, Rita Nyamupinga se dit choquée par les crimes reprochés aux soldats d'une armée qui a servi sous les couleurs des Nations unies.

"Ils sont censés assurer la sécurité des citoyens de leur propre pays, quelles que soient leurs origines", a-t-elle déploré.

"Ca fait mal de voir que ce sont des gens censés nous protéger qui ont fait ça", confie elle aussi la victime rencontrée par l'AFP. "J'ai peur, j'ai peur qu'il reviennent".

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