En ce moment
 

Aux Etats-Unis, les candidats gays n'ont plus à se cacher pour gagner

Aux Etats-Unis, les candidats gays n'ont plus à se cacher pour gagner
Lori Lightfoot (à gauche) embrasse sa femme Amy Eshleman à Chicago le 2 avril 2019Kamil Krzaczynski

Aux Etats-Unis aujourd'hui, au moins chez les démocrates, être homosexuel n'est plus un obstacle en politique: une femme gay a pour la première fois été élue à la tête de Chicago mardi et le candidat phénomène du début de la course à la Maison Blanche est un jeune maire homosexuel.

Un record avait déjà été pulvérisé lors des élections parlementaires et locales de novembre, lorsqu'un nombre inédit de candidats LGBT s'étaient présentés et avaient gagné.

"Je ne serais jamais arrivée jusqu'ici sans ma femme, Amy". Sous les applaudissements et cris de joie de la foule qui scandait ce prénom, la nouvelle maire élue de Chicago, Lori Lightfoot, a marqué mardi soir l'histoire américaine.

Embrassant son épouse sur scène, aux côtés de leur fille, l'ancienne procureure et première femme noire élue à la tête de la troisième ville des Etats-Unis a souligné l'importance du moment.

"Ce soir, beaucoup de petites filles et de petits garçons nous regardent, et ils voient le début de quelque chose d'un peu... différent", a-t-elle lancé sous les hourras. "Ils voient une ville qui renaît, où votre couleur n'importe pas (...), où la personne que vous aimez n'importe pas, tant que vous aimez".

A quelques centaines de kilomètres, une autre démocrate, Satya Rhodes-Conway, fêtait en même temps son élection, devenant la première femme ouvertement gay élue maire de Madison, dans le Wisconsin.

- "Parler ouvertement" -

Clé de ces victoires inédites? Une évolution notable de l'électorat.

Près de 70% des électeurs se déclaraient récemment "à l'aise" (54%) voire "enthousiastes" (14%) à l'idée d'avoir un candidat gay à la Maison Blanche, selon un sondage NBC/Wall Street Journal. En 2006, ce pourcentage total ne dépassait pas 43%.

Bonne nouvelle pour Pete Buttigieg, petit candidat démocrate qui a créé la surprise dans les débuts de sa course à la présidentielle américaine.

A seulement 37 ans, cet ex-militaire chrétien pratiquant est pionnier à bien des égards: élu plus jeune maire de South Bend, dans l'Indiana, il est maintenant le plus jeune prétendant à la Maison Blanche, et le premier candidat important d'un grand parti à être ouvertement gay.

Marié depuis juin 2018, Pete Buttigieg vit son homosexualité avec naturel, sans en faire un sujet central de sa campagne.

"A mesure que le pays accepte les personnes LGBT, les électeurs se concentrent moins sur l'orientation sexuelle d'un candidat et plus sur ses positions politiques", analyse Elliot Imse, porte-parole de l'organisation Victory Fund, qui pousse à l'élection de candidats LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres).

Les candidats "peuvent désormais parler ouvertement de leur vie dès le départ et cela leur permet de contrôler ensuite leur message, en se concentrant sur les questions dont ils veulent le plus parler".

"C'est avec le soutien solide de mon épouse" que je me présente, avait ainsi annoncé la démocrate Angie Craig, en lançant sa candidature dans un fief républicain du Minnesota. Avant de ne pratiquement plus aborder cet aspect de sa vie privée, lors d'une campagne qui l'a vue remporter un siège à la Chambre des représentants.

Avec elle, dix parlementaires LGBT siègent désormais au Congrès américain. Tous sont démocrates.

- "Encore un long chemin" -

Si les républicains ont par le passé compté des parlementaires gays dans leurs rangs, le contraste est aujourd'hui saisissant.

Le président Donald Trump a été vivement critiqué pour ses politiques visant les personnes transgenres, son choix d'un vice-président et de juges ultra-conservateurs, et pour ses tentatives de détricoter des normes anti-discriminations.

Mais il fut aussi le premier candidat républicain à promettre de défendre les droits des personnes LGBT en décrochant l'investiture de son parti, et a nommé un ambassadeur gay en Allemagne, Richard Grenell.

"Il reste encore un long chemin à parcourir", souligne Elliot Imse, notant que si la population LGBT représenterait 4,5% du pays, "nous n'occupons que 0,1% des mandats d'élus".

Que l'homosexualité d'un candidat ne soit même plus un sujet? Pour Pete Buttigieg, "c'est le cap à suivre. Mais je sais que nous n'y sommes pas encore arrivés".

Vos commentaires