Aux rencontres d'Aix, la guerre commerciale tracasse les économistes

Aux rencontres d'Aix, la guerre commerciale tracasse les économistes
La Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde (c), aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le 17 juillet 2013FRANCK PENNANT
Chine

"Jusqu'où ira Donald Trump ?" Aux rencontres d'Aix-en-Provence, la guerre commerciale initiée par le président américain provoque des sueurs froides chez les économistes, qui mettent en garde contre un engrenage "qui pourrait s'avérer dangereux" pour la croissance mondiale.

"Il ne s'agit pas d'être catastrophiste, mais clairement, les perspectives ne sont pas bonnes". Pour Philippe Aghion, professeur au Collège de France, la mise en place de nouvelles taxes sur les importations américaines, décidées vendredi par Washington, n'augure rien de bon.

"Ca va plomber la croissance mondiale, sans doute pendant plusieurs années", insiste l'économiste, pour qui le commerce international "accroît les débouchés pour les innovateurs" et "stimule la concurrence, qui est bonne pour l'innovation".

"On est dans une escalade: chaque marche de rétorsion est plus élevée", s'inquiète de son côté Agnès Bénassy-Quéré, professeure à l'Ecole d'économie de Paris. Or une guerre commerciale, "c'est un jeu à somme négative. Tous les pays y perdent", ajoute la chercheuse.

- "Oeil pour œil, dent pour dent" -

Les Etats-Unis ont imposé vendredi des droits de douane sur des marchandises chinoises d'une valeur estimée de 34 milliards d'euros, dont des automobiles et des composants d'avions, accusant la Chine de "vol de propriété intellectuelle" et de "concurrence déloyale".

Pékin a aussitôt annoncé des mesures de rétorsion, avec des hausses de droits de douane de l'ordre de 25% sur quelque 540 produits, reprochant à Washington d'avoir déclenché "la plus grande guerre commerciale de l'histoire économique".

Un bras de fer de nature à susciter le trouble, notamment sur les marchés financiers, dans un climat conjoncturel déjà marqué par plusieurs facteurs d'incertitudes, tant sur l'évolution des taux d'intérêt que des prix du pétrole.

"Le danger", c'est qu'on entre dans une logique de "+œil pour œil, dent pour dent+, jusqu'à ce qu'on se fasse vraiment mal des deux côtés", estime Olivier Blanchard, chercheur au Peterson Institute et ex-économiste en chef du Fonds monétaire international.

Un avis partagé par Patrick Artus, chef économiste chez Natixis. "A ce stade, l'effet des mesures douanières" annoncées ces dernières semaines "devrait rester minimal", juge l'économiste, qui évoque un impact de 0,15 point de PIB pour les Etats-Unis et de 0,06 point de PIB pour l'ensemble du monde.

"Mais si les Etats-Unis continuent à mettre en place des taxes douanières sur des montants plus importants en volume, ça pourrait entraîner des pertes d'activité considérables", avec à la clé "des conséquences sur l'emploi", prévient-t-il.

- "Poker menteur" -

Les inquiétudes, chez les économistes, sont d'autant plus grandes que Donald Trump - qui a déjà augmenté début juin les taxes sur les importations d'acier et d'aluminium - menace d'aller plus loin, en instaurant des taxes de 25% sur les importations de voitures européennes.

"Si ces mesures sont mises en œuvre, la guerre commerciale enclenchée par Donald Trump entrera dans une autre dimension", estime Philippe Aghion. "La question de l'automobile, ce sera l'heure de vérité", abonde Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermes.

Dans une note remise lundi à Matignon, le Conseil d'analyse économique (CAE) a estimé qu'une guerre commerciale "totale" ferait perdre 3 à 4 points de PIB aux Etats-Unis, à la Chine et à l'Europe de manière permanente.

Dans un tel cas de figure, les échanges entre la France et le reste du monde hors UE s'effondreraient de 42%, avec un impact comparable à celui de la crise de 2008, a ajouté le CAE.

Quelle sera la décision finale de Donald Trump ? Et quelle sera, dans ce cas, la réponse de ses partenaires ? "A ce stade, je pense qu'on est toujours dans une partie de poker menteur", estime Ludovic Subran, qui appelle à "prendre du recul face à l'anxiété croissante des marchés".

"La raison pour laquelle ça inquiète tout le monde, c'est que ça vient des Etats-Unis". Mais "le pragmatisme va l'emporter", estime l'économiste.

"La question, c'est jusqu'où ira Donald Trump ? Et honnêtement, on ne sait pas", estime de son côté Patrick Artus, appelant à la prudence. "Dans certains cas, il s'est révélé assez pragmatique, et dans d'autres non. Ce qu'il fait est irrationnel".

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