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Avec l'offensive turque en Syrie, civils traumatisés et hôpitaux débordés

Se tordant de douleur sur un brancard, Fatima al-Issa mordille son foulard fleuri pour étouffer ses gémissements, pendant qu'une équipe médicale soigne ses blessures infligées par un bombardement des forces turques dans le nord-est de la Syrie.

A quelques dizaines de kilomètres seulement de la zone des combats, l'hôpital de Tal Tamr accueille des civils blessés mais aussi des combattants des forces kurdes, qui résistent à l'offensive lancée mercredi à la frontière par le voisin turc.

Le ballet des ambulances est incessant. De l'une d'elles est déchargé le corps sans vie d'un combattant, son uniforme tâché de sang. Dans les couloirs de l'hôpital, les cris des femmes qui cherchent un proche se mêlent aux pleurs des enfants.

Penchés sur Fatima al-Issa, un médecin et des infirmiers nettoient vigoureusement une plaie sur son crâne, avant de lui badigeonner une crème blanche contre les brûlures sur sa joue et sa main.

La quadragénaire a été blessée par les éclats d'un projectile tombé près de sa maison, dans la région de Ras al-Aïn, ville syrienne frontalière et cible de l'opération d'Ankara.

Dans d'autres chambres, des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde, sont allongés sur des lits d'hôpitaux et entourés de leurs proches.

"Les affrontements sont violents, les avions turcs ne quittent pas le ciel, les frappes d'artillerie ne s'arrêtent jamais", lâche un combattant qui quitte l'hôpital.

"On a de nombreux camarades qui ont été blessés ou tués", poursuit le jeune homme qui préfère ne pas donner son nom.

Depuis mercredi, 74 combattants des forces kurdes et 28 civils ont été tués, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

- "Moyens limités" -

Ankara cherche à prendre le contrôle d'une bande de territoires longue de 120 km et profonde d'une trentaine de km, allant des villes de Ras al-Aïn à Tal Abyad, afin d'en chasser la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale des FDS, qu'elle qualifie de "terroriste".

Hassan, médecin à Tal Tamr, appelle "les organisations médicales internationales à envoyer des aides urgentes aux hôpitaux du nord-est de la Syrie".

"Nos moyens sont limités", déplore le docteur, vêtu de son uniforme bleu clair. "Il y a beaucoup de civils blessés, ils n'ont pas pu quitter Ras al-Aïn et les avions prennent pour cible les voitures", affirme-t-il.

Le ministère de la Défense turc assure prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter les pertes civiles en marge de son offensive.

En Turquie, 18 civils ont aussi été tués dans la chute de dizaines de roquettes tirées par les forces kurdes sur des villes frontalières.

Dans une Syrie ravagée par la guerre depuis 2011, les Nations unies et d'autres organisations internationales mettent en garde contre un nouveau désastre humanitaire.

Des villages ont été quasi vidés de leurs habitants ayant fui les combats et quelque 100.000 personnes ont été déplacées, d'après l'ONU.

Avec les violences, Médecins sans frontières (MSF) a rapporté la fermeture du seul hôpital public de Tal Abyad qui était soutenu par l'ONG.

"Les déplacements liés aux bombardements risquent d'exercer une pression supplémentaire sur les ressources déjà limitées des hôpitaux", a prévenu l'organisation dans un communiqué vendredi.

- "Civils visés" -

Le Croissant rouge kurde a annoncé samedi qu'il n'allait plus pouvoir envoyer ses équipes à Ras al-Aïn, un de ses centres au sud de la ville ayant été touché par des bombardements turcs.

Le même désarroi règne plus à l'est, dans les hôpitaux de Qamichli, grande ville située directement à la frontière et également visée par des bombardements.

Entouré de ses proches, Jenkin Mourad est allongé torse nu sur un lit d'hôpital, son ventre et ses jambes recouverts de bandages.

"Le premier projectile est tombé chez nos voisins, nous sommes allés voir. Puis un deuxième projectile est tombé et j'ai été blessé", explique en kurde le trentenaire à la barbe poivre et sel.

"Ils ont sorti de mon ventre un éclat de projectile, et une artère de mon pied a été coupée", souffle-t-il.

A ses côtés, Joan est conscient de la chance qu'a eu son grand frère, le bombardement ayant tué deux personnes.

"Dans le secteur qui a été pris pour cible, il n'y a pas de membres des YPG. Les frappes ont toutes visé des civils", assure le jeune homme de 34 ans.

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