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Barbosa, de la Cour suprême à l'image de sauveur du Brésil

Barbosa, de la Cour suprême à l'image de sauveur du Brésil
L'ancien président de la Cour suprême, Joaquim Barbosa à Brasilia le 19 avril 2018EVARISTO SA

Les Brésiliens attendant désespérément du sang neuf dans un monde politique totalement décrédibilisé, l'ancien président de la Cour suprême, Joaquim Barbosa, un Noir, pourrait bien être leur homme à la prochaine présidentielle.

Même si Barbosa, qui a commencé sa vie professionnelle comme homme de ménage, ne s'est pas encore déclaré candidat au scrutin d'octobre, son nom est ce mois-ci au coeur de toutes les spéculations.

La semaine dernière, il a participé à une réunion du Parti socialiste brésilien (PSB) auquel il s'est récemment affilié, et s'est retrouvé entouré d'un essaim de journalistes curieux de savoir s'il serait candidat.

"Je n'ai pas encore réussi à me convaincre d'être candidat", a-t-il déclaré, ajoutant que sa famille était défavorable à cette éventualité.

Joaquim Barbosa n'a jamais tenu de mandat électif, par ailleurs la politique brésilienne n'est guère une affaire de débutants.

Pourtant, de nombreux analystes voient chez cet homme de 63 ans des atouts de poids.

Le Brésil vient de vivre la destitution choc de la présidente Dilma Rousseff en 2016, la mise en accusation de son successeur Michel Temer pour corruption en 2017, et ce mois-ci l'incarcération de son président qui fut le plus populaire, Lula, pour corruption également.

Dans un contexte aussi sombre, les électeurs brésiliens veulent un outsider. Et l'enquête tentaculaire "Lavage express" continuant de faire des vagues plus de quatre ans après son ouverture, ils veulent aussi que leur nouveau chef de l'Etat soit "propre" et mène fermement la lutte contre la corruption qui ronge le pays.

Une candidature de Barbosa cocherait les bonnes cases.

A la Cour suprême, son principal fait d'armes a été sa croisade anticorruption entamée en 2005 et qui a fait tomber, avec le scandale du "mensalao", des proches de Lula au sein du Parti des travailleurs (PT, gauche), accusés d'achats de voix.

Par ailleurs, depuis sa retraite en 2014, le juge n'a pas été sur la scène publique et n'a donc pas été compromis dans la moindre affaire.

Pour Carlos Siqueira, le président du PSB, Barbosa est celui qui pourrait panser les plaies béantes du Brésil.

"Son électorat voudra que la normalité revienne au Brésil", a dit M. Siqueira à l'AFP.

Un sondage Datafolha publié après l'emprisonnement de Luiz Inacio Lula da Silva ce mois-ci accordait la troisième place avec 10% des intentions de vote à Barbosa -- un score d'autant plus encourageant qu'il n'est pas candidat déclaré.

- Diplomate et polyglotte -

Barbosa apporte aussi une légende personnelle qui séduit au Brésil et avec laquelle seule celle de Lula, ancien cireur de chaussures élu deux fois président, peut rivaliser.

Cet aîné de huit enfants dont le père était maçon est entré dans la vie active en faisant le ménage dans un tribunal du travail de la capitale Brasilia.

Il a pu étudier le droit à l'Université de Brasilia, été brièvement diplomate, et est devenu polyglotte tout en se hissant jusqu'à la Cour suprême, dont il est devenu le premier président noir.

S'il était élu, il ne serait pas le premier Noir à la tête du Brésil, ayant été précédé par l'éphémère président Nilo Procopio Pecanha, il y a plus d'un siècle (1909-1910).

Mais son accession au pouvoir suprême aurait une forte charge symbolique, dans un pays où plus de la moitié de la population se définit comme non-blanche, où le racisme est tenace et où aucun Noir n'a de poste proéminent en politique ni dans les affaires.

Toutefois les analystes pointent aussi des faiblesses chez Barbosa, comme le manque de clarté apparent de sa vision politique et économique et son inexpérience en politique.

Il est vu comme le centriste qui peut conquérir le boulevard ouvert entre à gauche Lula et à l'extrême droite Jair Bolsonaro, un député nostalgique de la dictature.

"Il est difficile de savoir s'il penchera plus vers la gauche et essaiera de capter le vote Lula ou restera fidèle à son image, plutôt de centre droit", estime Michael Mohallem, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas. Mais "il faudra bien qu'il décide".

Son caractère est souvent évoqué aussi comme problématique. A la Cour suprême il a pu se montrer arrogant et irascible.

L'ancien homme de ménage qui s'est illustré comme le "Mr Propre" des élites corrompues peut-il se hisser jusqu'au sommet, maintenant que l'immense favori des sondages, Lula, semble condamné à l'inéligibilité?

"Aujourd'hui au Brésil, tout est possible", dit Sylvio Costa, fondateur du site politique "Congresso em Foco" (Le Congrès en bref).

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