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Blanchiment: la liste noire de Bruxelles compromise

Blanchiment: la liste noire de Bruxelles compromise
La "liste noire" proposée par Bruxelles contre le blanchiment de capitaux, qui inclut notamment l'Arabie saoudite, semble vouée à l'échec après la levée de boucliers des Etats membresEMMANUEL DUNAND

La "liste noire" proposée par Bruxelles contre le blanchiment de capitaux, qui inclut notamment l'Arabie saoudite, semble vouée à l'échec après la levée de boucliers des Etats membres, à la grande satisfaction des Etats-Unis.

La Commission européenne a défendu publiquement vendredi cette liste contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, où se retrouvent également Panama et des territoires américains.

L'avenir de cette liste, qui doit recevoir le feu vert du Parlement européen et du Conseil (les Etats membres), semble fortement compromis après un avis consultatif de l'ensemble des 28, selon des sources concordantes.

La décision formelle du Conseil est attendue en milieu de semaine prochaine.

Les deux colégislateurs - Parlement et Conseil - ont jusqu'au 13 mars pour donner leur opinion à la Commission qui avait dévoilé cette liste révisée le 14 février. Un rejet de l'une des deux institutions est synonyme de blocage et il constituerait un revers pour la Commission.

A l'issue d'une réunion technique vendredi matin, une source européenne a rapporté que "le problème" était "les critères sur lesquels la liste a été créée, et l'application de ces critères".

Dans un texte vu par l'AFP sur lequel les Etats membres ont fondé leurs objections, ces derniers affirment leur "engagement fort" dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme mais déplorent la procédure suivie pour dresser la liste des pays.

"On a un problème avec la méthodologie de la liste, c'est à la Commission de rendre la procédure plus transparente", a expliqué une autre source européenne, admettant tout de même "être d'avis que certains pays doivent être sur la liste".

De son côté, Mina Andreeva, porte-parole de la Commission, a affirmé lors du point presse quotidien de l'institution que la liste avait été établie "en étroite coopération avec les Etats membres".

"Ceux-ci ont été consultés à la fois sur la méthodologie et sur les pays" susceptibles d'y figurer, a-t-elle assuré.

- "Bon sens" -

Interrogé par l'AFP, l'ambassadeur américain auprès de l'UE Gordon Sondland a jugé "encourageant de voir le bon sens prévaloir de la part des Etats membres par rapport au positionnement dogmatique de la Commission".

Selon lui, "ce résultat a demandé beaucoup d'efforts de la part de l'ensemble du gouvernement" américain mais pas seulement.

"L'opposition à cette mesure a détourné d'importantes ressources non seulement de la mission américaine, mais aussi des 27 États membres qui s'y sont opposés", a-t-il ajouté, déplorant avoir "dû dépenser notre énergie à tuer cette mauvaise idée".

La Commission a ajouté quatre territoires américains sur sa liste: les Samoa américaines, Guam, Porto Rico et les îles Vierges américaines.

Tout comme Panama et l'Arabie saoudite, ces destinations ne sont pas sur la liste du Groupe d'action financière international (Gafi), l’organisme chargé de coordonner les efforts mondiaux pour assainir le système financier international.

Ryad avait au moment de l'annonce "regretté" l'initiative de la Commission, qui intervenait dans un contexte de tensions à la suite de l'affaire Khashoggi.

L'Arabie saoudite a envoyé une lettre adressée aux dirigeants européens, et signée par le roi Salmane, que l'AFP a pu consulter, dans laquelle elle dénonce son inscription sur cette liste, "surprenante et inattendue".

Elle met en garde sur les conséquences d'une telle décision qui créerait "des difficultés dans le commerce et les flux d'investissement entre le Royaume et l'UE".

Le Gafi, actuellement présidé par les Etats-Unis, s'était déclaré "très préoccupé" par la liste noire proposée par Bruxelles, insistant sur son propre "rôle central" dans ce domaine.

"La liste noire est un outil important contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Les gouvernements doivent se demander s'ils sont du côté des autocrates ou de leurs citoyens", a exhorté l'eurodéputé Verts allemand Sven Giegold dans un communiqué.

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