En ce moment
 
 

Boris Johnson en Irlande du Nord, province au coeur de l'impasse du Brexit

Boris Johnson en Irlande du Nord, province au coeur de l'impasse du Brexit
Le Premier ministre britannique Boris Johnson, lors d'un discours à Manchester, le 27 juillet 2019Rui Vieira
BREXIT

Le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson a rencontré mercredi les chefs des principaux partis d'Irlande du Nord, où il tente d'apaiser les inquiétudes sur l'avenir de la frontière irlandaise en cas de Brexit sans accord.

Après le Brexit, les 500 kilomètres qui séparent la province britannique d'Irlande du Nord de la République d'Irlande, Etat membre de l'Union européenne, vont devenir la seule frontière terrestre entre l'UE et le Royaume-Uni. Les craintes, des deux côtés, portent sur le retour d'une frontière physique.

Au cours de ses rencontres avec les responsables politiques locaux, M. Johnson a réaffirmé qu'"il n'y aurait en aucun cas de contrôles physiques ou d'infrastructures à la frontière", a indiqué Downing Street.

Et ce, même en cas de Brexit sans accord et donc même sans le "filet de sécurité" (backstop, en anglais) irlandais prévu dans l'Accord de retrait conclu en novembre 2018 entre l'ex-Première ministre Theresa May et Bruxelles.

Pour Boris Johnson, "le backstop est mort". Il veut renégocier un accord de sortie sans cette disposition, ce que l'UE exclut. S'il échoue, il a affirmé que son pays quitterait l'UE le 31 octobre, accord ou pas.

Après avoir dit à plusieurs reprises qu'il attendait un geste de l'UE, le dirigeant conservateur a envoyé mercredi David Frost, un conseiller, réclamer "en personne" à Bruxelles "l'abolition" du backstop, selon un porte-parole. D'après une porte-parole de la Commission européenne, il va rencontrer les conseillers du président de la Commission Jean-Claude Juncker et du négociateur européen sur le Brexit Michel Barnier.

- Discorde sur le "backstop" -

Ce mécanisme de dernier recours, destiné justement à éviter le retour d'une frontière physique, crée un "territoire douanier unique" englobant l'UE et le Royaume-Uni, au sein duquel il n'y aurait aucun quota ni droits de douane pour les biens industriels et agricoles. L'Irlande du Nord resterait en outre alignée sur un nombre limité de règles du marché unique européen, par exemple les normes sanitaires pour les contrôles vétérinaires.

L'UE a refusé de lui fixer une date butoir mais le mécanisme n'est censé intervenir qu'en dernier recours et être temporaire, jusqu'à ce que les deux parties s'entendent sur une autre solution.

Cette clause est l'un des points de crispation majeurs de l'accord, en particulier pour le parti unioniste (pro-britannique) nord-irlandais DUP, allié indispensable des conservateurs au Parlement.

Le DUP refuse un traitement différent de l'Irlande du Nord par rapport au reste du Royaume-Uni, qui pourrait selon lui ouvrir la voie à une réunification de l'Irlande, son cauchemar.

Un espoir en revanche pour le parti républicain Sinn Féin, qui milite depuis des décennies pour une Irlande réunifiée: "Le Brexit a soulevé des questions fondamentales sur la pertinence et la durabilité de la partition de notre île", a déclaré mercredi sa cheffe Mary Lou McDonald, sur la BBC.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a lui signifié mardi à Boris Johnson que le backstop était "nécessaire", même si des "arrangements alternatifs" pourraient être envisagés à l'avenir, une fois leur efficacité démontrée.

Boris Johnson a assuré qu'il était possible de ne pas rétablir de frontière physique grâce à "toutes sortes de solutions technologiques".

- Reprise des violences ? -

Le risque d'une résurgence des violences en Irlande du Nord plane aussi sur sa visite.

"La frontière a été le point de convergence de nombreuses violences pendant la période des Troubles" (1966-1998), déclarait en avril à l'AFP Gemma Clark, professeure d'histoire à l'université d'Exeter.

Les "Troubles" ont opposé républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l'Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique. Ils ont fait quelque 3.500 morts avant de prendre fin avec l'accord du Vendredi saint de 1998.

En avril, le meurtre à Londonderry, une ville située sur la frontière, de la journaliste Lyra Mckee, a encore davantage alimenté ces craintes.

La visite de Boris Johnson à Belfast devait également être l'occasion de pousser à une solution politique pour la province dépourvue d'exécutif local depuis 2017.

"Le Premier ministre a dit à toutes les parties qu'il était déterminé à mener à bien ce processus et qu'il ferait tout ce qui en son pouvoir pour y parvenir", a déclaré son porte-parole.

Avec sa visite en Irlande du Nord, il achève une tournée démarrée en Angleterre, avant l'Ecosse et le Pays de Galles, destinée à promouvoir l'union du pays.

Vos commentaires