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Brésil: Bolsonaro campe sur ses positions devant la presse étrangère

Brésil: Bolsonaro campe sur ses positions devant la presse étrangère
Le président brésilien Jair Bolsonaro le 19 juillet 2019 à Brasilia au Brésil (photo transmise par la présidence brésilienne)Marcos Correa

En tentant de corriger la vision "déformée" du Brésil à l'étranger, le président d'extrême droite Jair Bolsonaro a de nouveau suscité la polémique vendredi en niant l'existence de la faim dans son pays et en remettant en cause les données officielles sur la déforestation.

Le chef de l'Etat espérait pourtant redorer son image en convoquant des représentants de plusieurs médias internationaux - dont l'AFP - pour un petit déjeuner au palais présidentiel de Planalto, à Brasilia.

"Une grande partie de la presse étrangère a une image totalement déformée de qui je suis et de ce que j'ai l'intention de faire pour l'avenir du Brésil", a lancé le président de 64 ans, au lendemain de la cérémonie qui a marqué les 200 premiers jours de son mandat.

"Je vous ai invités parce que je comprends parfaitement à quel point l'image du Brésil à l'étranger est envenimée", a-t-il ajouté.

Malgré les critiques, le président brésilien s'est engagé à "poursuivre dans la ligne de ce qui a été promis lors de la campagne électorale".

- Confusion autour de la faim -

Au moment d'évoquer les problèmes de pauvreté de son pays, Jair Bolsonaro a tout bonnement nié que des Brésiliens souffraient encore de la faim.

"On peut cultiver pratiquement de tout dans notre pays. Dire que des gens ont faim au Brésil, c'est un grand mensonge", a-t-il affirmé.

"On ne voit pas des pauvres dans la rue avec un physique squelettique comme c'est le cas dans d'autres pays", a-t-il ajouté, avant de conclure que "dire que des gens ont faim au Brésil est un discours populiste, rien de plus".

Ces propos ont causé une telle polémique au Brésil que le président a tenu à les relativiser quelques heures plus tard face à la presse locale.

"Les Brésiliens mangent mal. Certains ont faim. Mais c'est inacceptable, dans un pays aussi riche que le notre, avec des terres cultivables et de l'eau en abondance", a-t-il déclaré.

La FAO, l'agence de l'ONU chargée de l'agriculture et de l'alimentation, recensait dans un rapport datant de septembre dernier 5,1 millions de personnes souffrant de sous-nutrition au Brésil en 2017, sur une population totale de près de 210 millions.

- Données contestées -

Autre sujet hautement controversé: la protection de l'environnement.

Climato-sceptique notoire, le président brésilien considère que les critiques venant de l'étranger concernant la déforestation au Brésil portent atteinte à la souveraineté nationale.

Il va même plus loin en remettant en cause les chiffres de l'organisme public de référence, l'Institut National de recherches spatiales (INPE), basées sur des données recueillies par satellite.

"Si toute cette dévastation dont vous nous accusez était réelle, la forêt amazonienne aurait déjà été rayée de la carte", a déclaré le chef de l'Etat.

"Nous avons la sensation que les données que l'INPE a fourni à la presse ne correspondent pas à la réalité, qu'elles sont au service des ONG", a-t-il poursuivi, soulignant que le président de cet institut serait bientôt convoqué à Brasilia pour s'expliquer.

Les dernières données de l'INPE font état d'une augmentation de 88% de la déforestation au Brésil en juin par rapport à ce qui avait été recensé pour le même mois l'année dernière.

Le président Bolsonaro a également qualifié de "désinformation" les accusations selon lesquelles le Brésil, puissance agricole de premier plan, serait le champion du monde de l'usage des pesticides.

"Le Brésil est le pays qui utilise le moins de pesticides. Si nous vendions des produits empoisonnés, vous ne les achèteriez pas", a-t-il déclaré, s'adressant sans cesse aux journalistes comme s'ils représentaient tous ensemble de façon homogène les pays dont ils sont originaires.

Célèbre pour ses dérapages racistes, machistes ou homophones, chantre de la dictature militaire (1964-1985), Jair Bolsonaro a répondu à ceux qui le voient comme une menace à la démocratie en évoquant son attachement à "une liberté de la presse sans restrictions".

"C'est le PT (parti de gauche qui a gouverné le Brésil de 2003 à 2016) qui a tenté de contrôler les médias", a-t-il rétorqué.

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