Brésil: création d'un nouveau ministère pour lutter contre l'insécurité

Brésil: création d'un nouveau ministère pour lutter contre l'insécurité
Le général Walter Souza Braga Netto, responsable des forces de l'ordre à Rio de Janeiro qui fait face à une flambée de violence, à une conférence presse le 16 février 2018.Sergio Lima

Le président brésilien Michel Temer a annoncé samedi la création d'un ministère de la Sécurité publique, au lendemain d'un décret qui a confié à l'armée le commandement des forces de police de l'État de Rio de Janeiro, en proie à une flambée de la violence.

"Dès la semaine prochaine ou celle d'après, je veux créer un ministère extraordinaire de la sécurité publique pour coordonner tous les efforts", a affirmé M. Temer lors d'un bref discours à l'issue d'une réunion à Rio de Janeiro avec le gouverneur local et plusieurs ministres pour définir les grandes lignes du nouveau dispositif de sécurité dans cet État.

Ce nouveau portefeuille, dont la création était évoquée en coulisses depuis plusieurs jours, sera une sorte de ministère de l'Intérieur. Au Brésil, les forces de police sont décentralisées, sous l'autorité de chaque Etat du pays.

Inédit depuis la fin de la dictature militaire (1985), le décret signé vendredi, intitulé "intervention fédérale", octroie le commandement des forces de sécurité de Rio au général Walter Souza Braga Netto, directement subordonné au président Temer et non plus aux autorités locales de Rio.

Ce général, qui était également présent à la réunion de samedi, avait déjà été à la tête du dispositif de sécurité des jeux Olympiques de Rio en 2016.

"Il aurait été intolérable de laisser la situation de Rio telle qu'elle est parce que cela pose des problèmes dans d'autres Etats. Il faut protéger les plus vulnérables et pour cela, il faut unir nos efforts", a ajouté M. Temer, qui avait défini la veille le crime organisé comme une "métastase qui se propage dans le pays".

Le décret est déjà en vigueur, mais il doit encore être validé par le Congrès, la chambre des députés ayant fixé le vote à lundi soir. La mission des militaires se poursuivra jusqu'au 31 décembre.

Cette "mesure extrême", comme le chef de l'Etat l'a définie lui-même vendredi, a été prise au lendemain du carnaval, qui a vu une multiplication des agressions et vols à main armée, mais les autorités locales sont déjà dépassées depuis de nombreux mois par la violence au quotidien et la guerre entre gangs de narcotrafiquants.

Le décision du chef de l'Etat a suscité des réactions politiques partagées, à huit mois de l'élection présidentielle, l'opposition de gauche se montrant méfiante quant à l'intervention des militaires dans un pays encore marqué par les années de plomb de la dictature.

"La situation de Rio est grave, mais il faut rester en alerte pour que ces mesures ne soient pas accompagnées de répression des mouvements sociaux et de la suspension de droits constitutionnels", a affirmé sur Twitter Gleisi Hoffmann, présidente du Parti des Travailleurs (PT), de l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, en tête des intentions de vote pour le scrutin d'octobre.

Pour Miro Teixeira, du parti écologiste Rede, "la population de Rio avait besoin d'une mesure de ce type, parce que tout le monde a peur". "Est-ce que ça va fonctionner, c'est une autre histoire, mais c'est une tentative qu'il faut soutenir".

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