En ce moment
 
 

Cambodge: un dirigeant de l'opposition jugé pour "trahison"

 
 

Le procès pour "trahison" de Kem Sokha, figure de l'opposition cambodgienne accusée d'avoir voulu renverser le gouvernement, a débuté mercredi, une procédure "motivée par des considérations politiques", selon la communauté internationale.

Des centaines de policiers avaient été déployés autour du palais de justice de Phnom Penh et les routes barricadées avant l'arrivée au tribunal, tôt dans la matinée, de l'opposant soutenu par une poignée de partisans.

"Je veux que justice soit rendue rapidement (...) afin de pouvoir me concentrer sur les problèmes du peuple cambodgien", a-t-il déclaré à l'AFP à l'issue de la première journée d'audience. "Il n'y a aucune preuve" dans ce dossier, a-t-il ajouté. Le camp adverse assure, lui, disposer de 27 témoins et d'un grand nombre d'éléments à charge.

"Toute cette épreuve est une farce", a déploré la fille de l'opposant, Monovithya. "Nous espérons qu'il sera acquitté afin que le Cambodge puisse recommencer à emprunter le chemin de la démocratie", a-t-elle ajouté.

Kem Sokha, 66 ans, est le co-fondateur du Parti du salut national du Cambodge (PSNC). Le mouvement avait réalisé une percée aux élections de 2013, avant d'être dissous quatre ans plus tard par la Cour suprême du pays.

Sokha avait été arrêté en septembre 2017, accusé d'avoir voulu renverser le gouvernement de Hun Sen, au pouvoir depuis 1985. Il avait été emprisonné puis placé en résidence surveillée. Cette mesure a été levée début novembre, mais il a toujours interdiction de quitter le royaume. Il risque jusqu'à 30 ans de prison.

Les journalistes et observateurs ne sont pas admis au procès par manque de place, l'audience étant réservée aux diplomates étrangers, a indiqué un responsable du tribunal.

Amnesty International a dénoncé cette restriction, exhortant le Cambodge à la transparence dans une procédure qualifiée de "parodie de justice". "Ils n'ont pas présenté la moindre preuve crédible", a déploré dans un communiqué le directeur régional de l'ONG, Nicholas Bequelin.

Les charges retenues contre Kem Sokha "semblent être motivées par des considérations politiques", a de son côté regretté le département d'État américain.

Depuis la dissolution du PSNC, Hun Sen a pu renforcer son emprise à l'issue des législatives de 2018 qui ont donné à son parti, le Parti du peuple cambodgien (PPC), l'intégralité des sièges au Parlement, des résultats vivement contestés.

- Pressions de l'UE -

Mais l'homme fort du Cambodge subit des pressions internationales, notamment de l'Union européenne. Cette dernière a mis le pays en demeure de démocratiser la vie politique s'il veut continuer à bénéficier de tarifs douaniers privilégiés.

La perte de ces avantages commerciaux serait douloureuse pour le royaume. En 2018, 45% des exportations cambodgiennes, principalement textiles, étaient destinées aux pays membres de l’UE.

Cette pression internationale pourrait pousser le gouvernement à rechercher "un compromis" dans le procès de Kem Sokha, selon l'analyste politique Ou Virak. Une grâce royale pourrait être accordée à l'opposant en cas de condamnation, estime-t-il.

Mais cet interventionnisme européen risque aussi de renforcer encore un peu plus l’alliance entre le Cambodge et la Chine, qui a déjà investi des milliards de dollars dans le royaume.

Le procès de Kem Sokha, qui pourrait durer jusqu'à trois mois d'après un de ses avocats, se poursuit jeudi.




 

Vos commentaires