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Cambridge Analytica: un psychologue russe accuse Facebook de se défausser sur lui

Cambridge Analytica: un psychologue russe accuse Facebook de se défausser sur lui
Des passants devant les bureaux de la société Cambridge Analytica dans le centre de Londres, le 20 mars 2018Daniel LEAL-OLIVAS
Internet

Mis en cause dans le scandale Cambridge Analytica, le psychologue russe Alexandr Kogan s'est défendu mercredi d'avoir agi illégalement, accusant la société britannique et Facebook, en pleine tourmente, de vouloir se défausser sur lui.

"Nous pensions que nous faisions quelque chose de parfaitement normal", a dit M. Kogan, développeur d'une application utilisée par Cambridge Analytica (CA) pour recueillir des millions de données sur les utilisateurs de Facebook.

"Cambridge Analytica nous a assurés que tout était parfaitement légal et en conformité avec les conditions d'utilisation" de Facebook, a ajouté sur BBC Radio 4 l’enseignant en psychologie à l'université de Cambridge, également employé par l'université russe de Saint-Pétersbourg.

Estimant "être utilisé comme un bouc émissaire à la fois par Facebook et par Cambridge Analytica", il a toutefois regretté "ne pas avoir posé assez de questions".

Facebook est au coeur d'une tourmente mondiale depuis que Cambridge Analytica est accusée d'avoir récupéré sans leur consentement les données de 50 millions de ses utilisateurs pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d'influencer le vote des électeurs, afin de peser dans la campagne présidentielle de Donald Trump.

- Accusations 'très graves'-

Selon le réseau social américain, ces données auraient été récupérées via une application de tests psychologiques téléchargée par quelque 300.000 de ses utilisateurs, et Aleksandr Kogan les aurait ensuite fournies indûment à CA.

Se disant "scandalisée d'avoir été trompée", la société de Mark Zuckergerg a affirmé "comprendre la gravité du problème".

Le scandale a déjà fait chuter son action de 9% au cours des deux dernières séances à la Bourse de New York tandis qu'une commission parlementaire britannique a demandé mardi à Mark Zuckerberg de venir s'expliquer devant elle, lui fixant lundi comme ultimatum pour répondre.

Le jeune milliardaire a également été invité à s'exprimer devant le Parlement européen qui va "enquêter pleinement" sur cette "violation inacceptable des droits à la confidentialité des données" tandis que la Commission européenne a annoncé qu'une de ses représentantes à Washington devait demander des "clarifications" à Facebook.

Après une réunion mardi, le "G29", l'instance chargée de la protection des données dans les pays de l'Union européenne, a jugé "très graves" les accusations portées contre Facebook et CA "avec des conséquences considérables pour la protection des données privées et le processus démocratiques".

Aux Etats-Unis, les procureurs de New York et du Massachusetts, imités par le régulateur américain du commerce (FTC), ont lancé une enquête.

-'Pas de trace écrite'-

De son côté, Cambridge Analytica a annoncé mardi la suspension de son patron Alexander Nix, qui s'était vanté d'avoir oeuvré pour Donald Trump en 2016.

Cette décision a été prise à la suite de la publication de "commentaires" de M. Nix enregistrés par la chaîne Channel 4 News ainsi que d'autres "allégations" formulées à son encontre, qui "ne représentent pas les valeurs" de la société, spécialisée en communication stratégique et analyse de données à grande échelle, a expliqué CA dans un communiqué.

Les commentaires en question sont issus d'une enquête diffusée lundi et mardi par la chaîne britannique, où Nix apparaît en caméra cachée répondant aux questions d'un reporter à l'identité déguisée.

Les derniers éléments publiés mardi le montrent se vantant du rôle joué par son entreprise aux Etats-Unis dans la campagne présidentielle du candidat républicain Donald Trump en 2016. Recherche, analyse, "on a dirigé sa campagne numérique", assure-t-il avant de mettre en avant le système d'e-mails auto-destructeurs qu'il utilise.

"Il n'y a aucune preuve, pas de trace écrite, rien", explique-t-il, affirmant qu'il n'y a pas de danger que les parlementaires américains percent son secret à jour. "Ce sont des hommes politiques, pas des techniciens. Ils ne comprennent pas comment ça marche".

CA, filiale de la société britannique de marketing Strategic Communication Laboratories (SCL) basée à Londres, serait proche du Parti conservateur britannique, écrit le Times mercredi. Fondée notamment par Steve Bannon, ex-proche conseiller de Donald Trump, elle dispose de bureaux à Washington, New York et Cambridge.

Mardi, l'Information Commissioner's Office (ICO), autorité indépendante britannique chargée de réguler le secteur et de protéger les données personnelles a demandé une autorisation pour aller fouiller ses serveurs à Cambridge

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