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Camp de réfugiés à Nauru: le médecin limogé, pression sur Canberra

Camp de réfugiés à Nauru: le médecin limogé, pression sur Canberra
Le camp de réfugiés de l'île de Nauru, dans le Pacifique, le 2 septembre 2018 à Mike LEYRAL

La médecin-chef chargée par l'Australie de soigner les demandeurs d'asile et réfugiés de Nauru, dans le Pacifique, a été limogée, a annoncé son employeur alors que Canberra tentait de faire pièce aux critiques contre ses camps de rétention controversés.

La société privée chargée par le gouvernement australien de fournir des soins médicaux aux migrants relégués par Canberra dans cette minuscule nation du Pacifique a déclaré que la médecin allait quitter l'île mercredi.

"La médecin-chef de l'IHMS a été démise de ses fonctions (mardi) pour avoir violé le règlement du Centre régional" de rétention, a déclaré à l'AFP l'International Health and Medical Services.

D'après le groupe de médias Australian Broadcasting Corporation, il s'agit de Nicole Montana. Elle a été arrêtée par la police mardi soir après avoir photographié un enfant qu'elle traitait, ce qui est interdit par le règlement.

Son prédécesseur avait également été expulsé après un différend avec le gouvernement sur les transferts médicaux.

Le gouvernement australien a déclaré que le limogeage du médecin relevait du gouvernement de Nauru et de son employeur. "Un officier médical de haut rang de remplacement se trouve à Nauru. Il n'y a aucune conséquence sur la continuité des soins pour les transférés", a dit un porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Les ONG ne cessent de dénoncer la politique d'immigration draconienne de l'Australie. Depuis 2013, Canberra, qui dément tout mauvais traitement, refoule systématiquement en mer tous les bateaux de clandestins, originaires pour beaucoup d'Afghanistan, du Sri Lanka et du Moyen-Orient.

Ceux qui parviennent à passer à travers les mailles du filet sont envoyés dans des îles reculées du Pacifique. Canberra argue qu'il sauve ainsi des vies en dissuadant les migrants d'entreprendre un périlleux voyage. Les arrivées de bateaux, qui étaient quasiment quotidiennes, sont aujourd'hui rarissimes.

Un journaliste de l'AFP est parvenu récemment à rentrer dans les camps de rétention éparpillés sur l'île. Il a constaté que de nombreuses personnes étaient désespérées, faisant état de tentatives de suicide, y compris d'enfants.

L'ONG Médecins sans frontières vient de recevoir l'ordre du gouvernement de Nauru de sa cesser sa mission auprès de ceux qui souffrent de problèmes psychiatriques.

"La situation mentale des réfugiés détenus indéfiniment à Nauru est épouvantable", a expliqué le docteur Beth O'Connor, psychiatre de MSF. "Ces 11 derniers mois à Nauru, j'ai vu un nombre alarmant de tentatives de suicide et de cas d'automutilation parmi les réfugiés et demandeurs d'asile, hommes, femmes et enfants, que nous avons traités."

"Nous avons été particulièrement choqués par le nombre d'enfants souffrant du syndrome de résignation, une détérioration de leur état au point où ils sont incapables de manger, boire ou même aller aux toilettes".

Nauru a traité les membres de MSF "de militants politiques".

Ces critiques internationales s'ajoutent à celles d'Australiens qui demandent au Premier ministre conservateur Scott Morrison de transférer les enfants malades dans leur pays.

Trois parlementaires de son propre parti ont réclamé publiquement l'évacuation des enfants et de leur famille.

M. Morrison a laissé entendre qu'il recherchait un pays tiers pour les accueillir, comme la Nouvelle-Zélande voisine.

D'après MSF, près de 900 migrants vivent sur Nauru depuis plus de cinq ans, dont 115 enfants.

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