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Camus était obsédé par la hauteur des plafonds de l'hôtel particulier d'Actes Sud

Camus était obsédé par la hauteur des plafonds de l'hôtel particulier d'Actes Sud
Entrée des éditions Actes Sud à Paris, le 30 aouût 2018STEPHANE DE SAKUTIN

Camus avait été obsédé par la hauteur des plafonds de l'hôtel particulier qui accueille aujourd'hui les bureaux parisiens d'Actes Sud, la maison d'édition sous le coup d'une enquête pour travaux présumés illégaux, au point de créer un personnage qui finissait par y bâtir une "soupente".

"La hauteur vraiment extraordinaire des plafonds, et l’exiguïté des pièces, faisaient de cet appartement un étrange assemblage", écrit dans sa nouvelle "Jonas ou l'artiste au travail" le futur prix Nobel, qui a habité de 1946 à 1950 le même hôtel d'Aguesseau, 18 rue Séguier.

Dans sa biographie "Albert Camus" (Seuil), Herbert R. Lottman précise que "l'appartement des Camus prenait toute une aile de la vieille demeure et donnait sur la cour (et, à un bout, sur la rue)".

C'est là que l'écrivain apporta les dernières corrections aux épreuves de "La Peste", publié le 10 juin 1947, son premier succès et aujourd'hui l'un des trois livres les plus vendus de Gallimard.

La semaine précédente, Camus mis fin dans ces lieux à sa collaboration à Combat, le journal qu'il avait rejoint dans la clandestinité en 1943 sous l'Occupation. "La vieille équipe se réunit rue Séguier et Camus leur remit à chacun un exemplaire dédicacé de La Peste", écrit Herbert R. Lottman.

Préfaçant le recueil "A Combat. Editoriaux et articles 1944-1947" (Gallimard), Jacqueline Lévi-Valensi précise que "l'appartement de Jonas doit sans doute sa configuration tout en hauteur et en vitres à celui qu'après un séjour à Bougival Camus habite rue Séguier". Herbert R. Lottman affirme que l'appartement "est assez précisément décrit dans Jonas".

- soupente -

L'hôtel d'Aguesseau (1635), en plein quartier latin, est aussi un lieu de mémoire lié à l'idée de la résistance à l'oppression. Il fut la demeure du chancelier Henri-François d'Aguesseau, qui a tenu tête à Louis XIV, prenant la défense des libertés parlementaires et religieuses.

Dans ces murs - une plaque le rappelle à côté de la porte d'entrée- avait aussi son cabinet l'avocat communiste Georges Pitard (1897-1941), fusillé comme otage le 20 septembre 1941 au Mont-Valérien.

Mais, de 1946 à 1950, l'auteur de "l'Etranger" semble en particulier obsédé par la hauteur des plafonds qui donne aujourd'hui des maux de tête à la ministre de la Culture Françoise Nyssen, dirigeante d'Actes Sud lorsque des mezzanines ont été installées dans cet hôtel en 1997 et à partir de 2012.

"Les grandes fenêtres laissaient passer les courants d'air", relève Herbert R. Lottman, rappelant que Albert et Francine Camus avaient des jumeaux en bas âge et avaient du mal à chauffer l'appartement.

Il fallait attribuer la hauteur des plafonds "à l’impossibilité où s’étaient trouvés les propriétaires de cloisonner aussi les pièces dans leur hauteur, ironise Camus dans Jonas. Sans quoi, ils n’eussent pas hésité"...

Il imagine même la construction par Jonas d'une "soupente" similaire à celles bâties par Actes Sud, pour y travailler "sans déranger personne".

Une enquête a été ouverte après la publication par le Canard enchaîné d'un article révélant que Françoise Nyssen, qui a dirigé Actes Sud avant de devenir ministre de la Culture, avait augmenté de 150 m2 la surface des locaux de la maison d'édition à Paris "sans autorisation de travaux ni déclaration au fisc".

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