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Castaner, l'ami de l'Intérieur

Homme de confiance d'Emmanuel Macron devenu incontournable dans la chaîne du pouvoir, Christophe Castaner a vu sa loyauté récompensée par une nomination mardi au ministère de l'Intérieur, un cran supplémentaire dans une ascension politique aussi fulgurante que tardive.

Il y avait beau tourner et retourner à l'infini le Rubik's cube du remaniement, c'est bien M. Castaner, un marcheur de la première heure devenu proche d'Édouard Philippe, qui cochait le plus de cases pour déposer ses valises place Beauveau. Décrochant ainsi à 52 ans un portefeuille éminemment sensible, qu'il a longtemps lorgné mais qui lui a d'abord échappé car - ironie de la situation - il s'était rendu trop indispensable ailleurs.

"Il en rêve depuis toujours", confie un pilier de la macronie. "C'est un super profil pour le poste. Il est loyal, il est solide", s'enthousiasme un ministre, quand un député LREM vante sa "connaissance des rouages de l'État" et rappelle qu'il "avait en partie en charge les aspects régaliens pendant la campagne" présidentielle.

Un autre parlementaire loue son "autorité naturelle" qui "découle aussi de sa proximité avec le président de la République", concédant tout juste qu'il lui "manque peut-être la connaissance des réseaux de flics".

Cette désignation vaut en tout cas à la fois promotion et reconnaissance pour ce fidèle qui ne s'est guère ménagé depuis le début du quinquennat Macron, en occupant le poste de porte-parole du gouvernement, puis de secrétaire d'État aux Relations avec le Parlement, en même temps que celui de délégué général de La République en marche.

Un pied au parti à structurer et préparer les élections européennes, un autre à l'Assemblée, un œil au Sénat et un autre au gouvernement: M. Castaner s'est démultiplié au service d'Emmanuel Macron dont il avait tôt emboîté le pas, quand le chef de l'État était ministre de l'Économie de François Hollande.

Lui n'était alors qu'un député socialiste sans grande envergure, dont le nom avait émergé au soir du premier tour des élections régionales de 2015, lorsqu'il s'était résolu à jeter l'éponge pour faire barrage au Front national en région PACA.

Il s'estime alors lâché par la direction du PS, un épisode qui marquera une rupture fondatrice: "sans cela, je serais sans doute resté fidèle au parti", témoigne-t-il.

- "Une part de mise en scène" -

Ce rocardien de toujours, qui s'est "construit dans l'enracinement local", rejoint quelques mois plus tard M. Macron, sans croire "une seconde qu'il puisse gagner la présidentielle". Mais, a-t-il coutume de dire: "la politique, c'est aussi être au bon endroit au bon moment".

Verbe rond et chaleureux, l'ancien député des Alpes-de-Haute-Provence et ancien maire (pendant 16 ans) de Forcalquier joue volontiers de sa faculté à établir le contact, mû par une "obsession": "je veux rester un type normal".

Pour preuve, il décrit la traversée de sa circonscription à pied, 270 km à l'été 2016 en logeant chez qui voulait bien l'accueillir. Un mélange de "démarche politique", de coup de com' et de quête "plus personnelle, pour retrouver le temps long".

"Il sait ce que c'est que le cul des vaches, les paysans, le froid, la neige, les difficultés de la vie. Ce que ne savent pas les politiques inexpérimentés, ou les Parisiens surdiplômés. Il a une forme d'authenticité qui est attachante", salue Renaud Muselier, le président (LR) de la région PACA.

Ce fils de militaire fut aussi un adolescent rebelle et bachelier tardif. De cette période, il confie avoir frayé avec quelques figures du milieu marseillais, au gré de parties de poker nocturnes, avant de se ranger.

Désormais père de deux filles, "petit Manosquin" qui, "au lycée, rencontra une Forcalquiéraine" et l'épousa, il admet "une part de mise en scène" dans son personnage vaguement pagnolesque. "Moi, je suis un garçon simple. Vous me poussez, je pousse aussi", crâne-t-il ainsi.

"Il a été perçu à Paris comme le kéké, le cacou, il ironise là-dessus", décrypte un de ses mentors, l'ex-ministre Jean-Louis Bianco. Et l'ancienne porte-parole du gouvernement de Lionel Jospin, Catherine Trautmann, garde un autre souvenir de son chef de cabinet, quelqu'un de "très sérieux, loyal, attentif", armé de "self-control".

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