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Chine: après le rap et les tatouages le film d'époque en disgrâce

Chine

Une concubine qui se hisse au sommet du pouvoir dans la Chine impériale... L'histoire, sous forme de série télévisée avec décors et costumes somptueux, a battu les records d'audience l'an dernier, mais se retrouve dans le collimateur des autorités, qui devraient privilégier des oeuvres plus conformes aux idéaux communistes.

Après le rap et les tatouages, interdits d'antenne, le régime du président Xi Jinping semble désormais voir d'un mauvais oeil le film en costume, au grand dam du secteur du divertissement.

"C'est l'hiver, un hiver glacial", résume Yu Zheng, scénariste et producteur de "L'Histoire du palais Yanxi", la série ultra-populaire soudain tombée en disgrâce.

"La surveillance se renforce année après année depuis 2016. C'était déjà dur l'an dernier mais ça risque d'être encore plus difficile cette année", analyse Krypt Chen, un spécialiste des médias basé à Shanghai.

"L'Histoire du palais Yanxi", qui se passe à la cour de l'empereur Qianlong au XVIIIe siècle, a généré pas moins de 18 milliards de vues sur la plateforme de diffusion en ligne iQIYI. L'an dernier, la saga s'est retrouvée en tête des séries les plus recherchées mondialement sur Google, largement du fait des Chinois installés hors de Chine. Elle a déjà été vendue à l'étranger.

Le roman historique, éloigné des sujets politiquement sensibles de l'heure, semblait jusqu'ici hors de portée des censeurs, qui depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012 ont serré la vis aux médias et aux sites internet.

Mais dans un commentaire publié le mois dernier, le Quotidien de Pékin a accusé la série de se complaire dans le luxe et les intrigues de palais au lieu de défendre "les valeurs socialistes fondamentales".

La critique a suscité un vif débat sur les réseaux sociaux mais les commentaires ont depuis été bloqués. Surtout, des chaînes de télévision ont retiré la série de leur programmation et le "Palais Yanxi" n'est plus disponible qu'en ligne.

- Le "Hollywood chinois" -

Le producteur Yu Zheng pensait pourtant que sa série était conforme à l'objectif du président Xi d'exporter la culture chinoise.

"J'accepte les critiques, mais pour l'amour du ciel ne supprimez pas" tous les films historiques, implore le producteur interrogé par l'AFP.

"La Chine a enfin une sérié télé reconnue à l'international. Pourquoi ne pouvons-nous pas montrer ce que la Chine a de beau et de somptueux afin que les étrangers l'admirent?", se désole-t-il.

La production audiovisuelle se porte pourtant bien en Chine, les autorités ayant encouragé ces dernières années les oeuvres locales afin de faire pièce à l'influence du cinéma et de la télévision étrangers, particulièrement américains.

En témoignent les énormes studios Hengdian, à Dongyang, à 300 km au sud de Shanghai, surnommés le "Hollywood chinois".

Ces studios, où ont été tournés les 70 épisodes du "Palais Yanxi", comptent pas moins d'une dizaine de décors reconstituant ici la Cité interdite de Pékin ou là la fameuse avenue du Bund à Shanghai.

Plus des deux tiers des films et des séries produites en Chine sortent de Hengdian, affirmait en 2017 le journal Economic Observer.

Mais Sang Xiaoqing, le président des studios, mise sur un ralentissement et au mieux sur "une lente reprise" des tournages en 2019.

Il s'attend à ce que les fictions historiques portent davantage sur la révolution qui a amené les communistes de Mao Tsé-toung au pouvoir en 1949, d'autant que le pays va en célébrer le 70e anniversaire le 1er octobre.

- Les cachets dans le viseur -

Outre la reprise en mains idéologique, il incrimine les redressements fiscaux infligés à des stars du cinéma chinois, au premier rang desquelles l'actrice Fan Bingbing, accusée l'an dernier d'avoir dissimulé une partie de ses cachets mirobolants.

"Des projets de tournage ont été reportés, d'autres purement et simplement annulés", témoigne M. Sang. "Les revenus des sociétés de production souffrent du durcissement fiscal."

Le secteur du cinéma a tout de même engrangé près de 61 milliards de yuans (8 milliards d'euros) de recettes au box-office en 2018, soit 9% de plus qu'en 2017, selon l'agence de presse Chine nouvelle.

Les difficultés du secteur pourraient forcer les producteurs à miser davantage sur la qualité, en recherchant des scénarios mieux fignolés, plutôt qu'à se reposer simplement sur des acteurs connus.

"On était comme dans une bulle spéculative, avec des investissement excessifs", reconnaît Sang Xiaoqing. "Maintenant, les gens se sont calmés et les bons producteurs vont pouvoir se distinguer."

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