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Christine Hallquist, candidate transgenre dans le Vermont, prête à entrer dans l'histoire

Quand Christine Hallquist a annoncé à ses enfants qu'elle allait briguer le poste de gouverneur du petit Etat du Vermont, frontalier du Québec, ils ont pris la mouche. Quand elle l'a dit aux administrateurs de son entreprise, ils ont cru à une blague.

Aujourd'hui, à 62 ans, elle peut savourer sa revanche: elle a une chance d'entrer dans l'histoire en étant la première personne transgenre à devenir gouverneure d'un Etat américain lors des élections de mi-mandat du 6 novembre.

Avant, elle était surtout connue comme le premier PDG américain en fonctions à effectuer sa "transition", et pour son combat en faveur des énergies renouvelables.

Jusqu'en 2015, elle répondait au prénom de Dave, père de trois enfants et mari de Pat. Aujourd'hui, elle s'appelle Christine, vit toujours avec Pat, et est convaincue qu'elle peut détrôner son rival républicain Phil Scott, aussi modéré et populaire soit-il.

"Ce n'est clairement pas la chose la plus difficile que j'ai faite dans ma vie", explique-t-elle à l'AFP, au siège du parti démocrate de Burlington, principale ville de cet Etat aux près de 620.000 habitants.

"En 2014, j'avais un cancer, j'étais sûre que j'allais mourir", dit-elle. "Ma transition, ça a été pire que regarder la mort en face. Ca a été très, très difficile pour moi. Maintenant que ce cap est passé, que je peux être assise ici, je profite".

- "Tyran d'une république bananière"

Mme Hallquist a embrassé avec enthousiasme sa nouvelle vocation, enchaînant les visites et les rencontres dans cet Etat rural souvent associé au sénateur Bernie Sanders, candidat malheureux à l'investiture démocrate en 2016.

Pourtant, entrer en politique n'avait jamais été son ambition. Sa passion, c'était le changement climatique et les énergies renouvelables.

Mais l'accession à la présidence américaine de Donald Trump, un climato-sceptique ayant affiché son intention de revenir sur les droits de la communauté transgenre, a tout chamboulé.

D'autant qu'après l'élection de 2016, celle qui croyait vivre dans l'un des Etats les plus tolérants des Etats-Unis a vu, pour la première fois depuis les années 1980, des militants d'extrême droite et des croix gammées apparaître dans le Vermont.

Après avoir été émue aux larmes en janvier en voyant quatre jeunes musulmanes dénoncer dans un slam le harcèlement, sa décision était prise.

"On ne peut pas considérer la démocratie comme acquise", dit-elle, en jugeant Donald Trump responsable du côté sombre de l'Amérique. "Nous avons un tyran, qui fait tout ce que ferait un autocrate dans une république bananière".

- "Lueur d'espoir" -

Les chances de Christine Hallquist sont difficiles à évaluer: les sondages sont rares dans cet Etat, où le mandat de gouverneur est limité à deux ans et où aucun gouverneur sortant n'a été battu depuis 1962.

Une enquête réalisée par le parti démocrate en octobre lui accordait 42% des intentions de vote, contre 50% à son rival républicain, avec une marge d'erreur de 4,86 points.

M. Scott étant aux commandes depuis deux ans à peine, beaucoup d'électeurs sont prêts à lui accorder davantage de temps pour faire ses preuves.

Mais Donald Trump est très impopulaire dans le Vermont, et même si le gouverneur sortant est éloigné de ses positions, Christine Hallquist et son équipe espèrent que démocrates et indépendants se rendront massivement aux urnes pour manifester leur mécontentement.

Dynamisée par sa victoire aux primaires démocrates en août, Mme Hallquist souligne que son identité transgenre n'est "pas un problème dans le Vermont".

"Chaque fois que je me rends à un évènement...les gens pleurent", dit-elle. "Je crois qu'il y a beaucoup d'espoir placé en moi par les gens qui ont été brutalisés à l'école".

Jamais elle n'aurait imaginé être acceptée comme femme transgenre, alors comme gouverneure...

"Je ne savais même pas, jusqu'à l'âge de 44 ans et jusqu'à internet, qu'il y avait d'autres personnes comme moi dans le monde (...) Tout ça est vraiment incroyable", dit-elle.

Elle espère maintenant que les élections seront un raz-de-marée démocrate et "qu'on se souviendra de 2018 comme d'une année historique, lorsque la démocratie a survécu à un tyran".

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