Cinq conflits diplomatiques qui jettent une ombre sur le Mondial russe

Russie

Trois mois avant d'héberger la Coupe du monde, la Russie est au centre de plusieurs conflits diplomatiques avec l'Occident qui jettent une ombre sur un tournoi censé célébrer le sport sous toutes les coutures.

La Russie s'est vu attribuer le Mondial de football en 2010, c'est-à-dire avant ses interventions en Syrie et en Ukraine qui ont refroidi ses relations avec l'Ouest à des proportions inédites depuis la fin de la guerre froide, pointe Mathieu Boulègue, spécialiste du pays au cercle de réflexion Chatham House basé à Londres.

"C'est un autre monde depuis", souligne l'expert qui prédit que l'impact de la Coupe du monde sera "très limité" sur une amélioration de ces liens détériorés.

Pour Simon Chadwick, de l'Université anglaise de Salford, le Mondial (14 juin-15 juillet) aura plus pour effet de "projeter l'image d'une Russie forte et puissante".

Voici cinq dossiers qui attisent les tensions.

- L'ex-espion empoisonné -

L'ancien espion Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, 33 ans, visés par l'administration d'un agent innervant, demeurent dans un état critique après avoir été retrouvés dimanche inconscients sur un banc à Salisbury (sud de l'Angleterre).

Les soupçons ont immédiatement convergé vers la Russie. Surtout que le Royaume-Uni se rappelle du précédent de l'assassinat au polonium de l'opposant et ancien des services secrets russes Alexandre Litvinenko, en 2006 à Londres, attribué à Moscou par un juge britannique.

Les analystes insistent qu'il est trop tôt pour désigner un coupable dans l'affaire de Sergueï Skripal et de sa fille. Mais la preuve d'une implication de la Russie marquerait une escalade inédite, prévient Jonathan Eyal, directeur adjoint du centre d'analyses londonien RUSI.

"Il y avait un accord implicite entre les services de renseignements de nombreux pays de laisser tranquilles les espions qui ont fait l'objet d'un échange. Si ce pacte a été rompu, cela trancherait même avec le comportement des Russes pendant la guerre froide", dit-il.

- La Syrie -

Le soutien indéfectible qu'apporte Moscou au régime syrien de Bachar al-Assad et sa volonté de privilégier le processus de paix d'Astana plutôt que celui de Genève, promu par l'ONU, exacerbent les crispations avec l'Ouest.

"Il y a une perception claire auprès des pays occidentaux qu'il n'y aura pas de solution de paix en Syrie sans que la Russie ne joue un rôle central", souligne Mathieu Boulègue, qui évoque aussi les intérêts russes pour tirer profit de la future reconstruction d'un pays ravagé.

Jonathan Eyal ajoute que la Russie cherche aussi, à travers son appui à Assad, à montrer à d'autres pays de sa sphère d'influence qu'ils peuvent compter sur elle.

"Restez fidèle à la mère Russie et la mère Russie vous le rendra bien", résume-t-il.

- Les cyberattaques -

Depuis les accusations d'interférence dans la présidentielle américaine en 2016, plusieurs gouvernements occidentaux, dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, ont dénoncé les tentatives russes de perturber leurs scrutins nationaux avec des campagnes de désinformation en ligne et son cortège de "fake news" (fausses informations).

Moscou a systématiquement rejeté ces accusations mais les analystes assurent que de telles cyberattaques font partie d'un travail de sape pour affaiblir l'Ouest. "La Russie cultive une approche systématique cherchant à déstabiliser les pays occidentaux de l'intérieur", affirme Mathieu Boulègue.

- L'Ukraine -

La Russie a annexé en mars 2014 la péninsule ukrainienne de Crimée après l'arrivée au pouvoir à Kiev d'autorités pro-occidentales et le renversement de l'ancien président prorusse Viktor Ianoukovitch.

Depuis, un violent conflit entre séparatistes prorusses et forces de Kiev dans l'est de l'Ukraine, a fait plus de 10.000 morts et suscité de vives critiques en Occident, surtout au Royaume-Uni.

L'invasion de la Crimée est intervenue juste après les JO d'hiver de Sotchi, souligne M. Chadwick, qui ont été perçus en Russie "presque comme le symbole du retour de la Russie en tant que puissance mondiale".

La Coupe du monde pourrait elle aussi être utilisée à ces fins de propagande interne, selon l'expert.

- Le dopage -

La Coupe du monde de football aura lieu dans un pays qui est devenu "un paria" du sport international, constate M. Boulègue. Accusant Moscou de dopage institutionnalisé, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a maintenu mardi la suspension de la Russie des compétitions internationales, prononcée en novembre 2015.

La Russie a également été privée des récents jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, auxquels certains de ses athlètes ont pu participer sous la bannière olympique. Le Comité international olympique (CIO) a finalement levé le 28 février la suspension du Comité olympique russe.

"Dans un monde différent, la Russie aurait utilisé la Coupe du monde à des fins de diplomatie et pour promouvoir une image positive afin d'attirer des investissements étrangers. Mais aujourd'hui, cela lui est impossible", estime l'analyste de Chatham House.

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