Cinq questions sur l'impact de la crise migratoire vénézuélienne en Amérique latine

L'exode massif de centaines de milliers de Vénézuéliens fuyant la pauvreté, l'hyperinflation, la faillite des services publics et les pénuries met l'Amérique latine sous pression. Voici cinq questions pour comprendre la plus grande crise migratoire qu'ait connue la région.

Quelle est la dimension de cet exode?

Selon les Nations unies, 1,6 million de Vénézuéliens ont fui depuis 2015 la profonde crise économique et politique qui sévit dans leur pays. Quelque 90% d'entre eux se sont réfugiés dans les pays de la région.

Quelque 2,3 millions de Vénézuéliens vivent à l'étranger, mais pour d'autres ce chiffre est beaucoup plus haut. Selon l'Observatoire de la diaspora vénézuélienne de l'université centrale du Venezuela, 3,8 millions de personnes ont quitté le pays depuis le début de l'arrivée du défunt Hugo Chavez au pouvoir en 1999.

Le sociologue vénézuélien Tomas Paez estime que la diaspora, répartie dans 90 pays, représente 10 à 12% de la population du Venezuela de 30,6 millions, selon le dernier recensement.

La plupart des migrants se rendent en Colombie, en Equateur, au Pérou et au Chili, des pays économiquement dynamiques.

Quelle en est la cause?

Tout a commencé avec l'élection d'Hugo Chavez, selon M. Paez. Mais la véritable accélération date de l'arrivée de Nicolas Maduro au pouvoir en 2013.

Ce pays très riche qui dispose des plus grandes réserves de pétrole au monde, a vu cette manne financière se tarir quand les cours de l'or noir ont plongé en 2014. Pétro-dépendant, le Venezuela tire 96% de ses revenus du brut.

En réponse, le gouvernement a fait tourner la planche à billets. Résultat: toujours plus de liquidités, qui valent de moins en moins, et rien à acheter, faute d'importations.

Selon M. Paez, "l'insécurité" et l'impossibilité "d'être maître de sa propre vie", sont les principales raisons qui poussent les Vénézuéliens à partir.

Il faut ajouter "la détérioration économique... La pénurie généralisée et la valeur du bolivar" qui s’effondre et la situation vire à la "crise humanitaire", explique M. Paez.

Comment cela affecte-t-il le Venezuela?

"Au début, l'immigration concernait des personnes avec un capital et une éducation universitaire", explique Alfonso Iannucci, basé à Madrid et fondateur du site Diaspora Venezuela, qui recueille les témoignages des émigrés.

"Puis, est venu le tour de la classe moyenne (...), notamment dans le secteur de l'éducation".

Pour Tomas Perez Bravo, membre de l'Observatoire de la diaspora, également basé à Madrid, il n'y a plus qu'un seul profil de migrants: "les pauvres", car "tout le monde est pauvre".

Ils fuient à pied "non pas parce qu'ils ne sont pas chimistes, sociologues ou ingénieurs" mais parce que "il leur faudrait 30 ans pour épargner assez pour un billet d'avion".

"A court terme, pour les intérêts immédiats du gouvernement (ces départs massifs) signifient moins de pression démographique et sur les ressources disponibles" mais "à l'avenir, pour relancer l'économie, c'est une perte irréparable", juge Carlos Malamud, de l'institut de recherche ElCano à Madrid.

Quel impact pour la région?

Certaines villes frontalières, comme Pacaraima et Boa Vista, au nord du Brésil, sont "dépassées" par "l'avalanche de Vénézuéliens", selon M. Iannucci.

Des heurts violents se sont produits mi-août à Pacaraima entre migrants et population locale. "Ce n'est que la pointe de l'iceberg", prévient M. Iannucci.

Mais il existe des endroits où cela se passe bien.

"En Argentine, on nous dit que ceux qui arrivent sont jeunes, entrepreneurs et qualifiés. 60% des médecins qui se présentent à des postes au Chili sont des Vénézuéliens", souligne Tomas Perez Bravo.

Pourtant, le Pérou a durci depuis samedi ses conditions d'accueil.

Ce qui manque, c'est une "réponse régionale", fait valoir M. Malamud.

L'Equateur a invité les ministres des Affaires étrangères de 13 Etats de la région, dont le Venezuela, à une réunion mi-septembre sur la crise migratoire.

Quels sont les précédents?

En terme de nombre, cet exode a déjà dépassé celui qui s'est produit à Cuba après la révolution de 1959.

Environ 1,4 million de Cubains ont fui vers les Etats-Unis et 300.000 autres vers d'autres pays d'Amérique latine, selon le Migration Policy Institute de Washington. Mais cela s'est déroulé sur une soixantaine d'années, pas sur quelques années.

"Les société latino-américaines ne sont pas préparées à un tel volume d'arrivées. C'est une crise totale", explique M. Malamud.

"Etant donné les distances parcourues, ce phénomène pourrait être comparé à la crise des réfugiés en Syrie".

Vos commentaires