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Des centaines de Libanais aux funérailles du "martyr de la révolution"

Des centaines de Libanais aux funérailles du
Le cercueil d'un manifestant libanais, tué par balles lors du mouvement de contestation sociale qui agite le pays, est porté par des hommes lors de ses funérailles le 14 novembre 2019 à Choueifat, auANWAR AMRO

Des centaines de Libanais ont participé jeudi près de Beyrouth aux funérailles d'un manifestant tué lors du mouvement de contestation inédit qui agite le pays depuis près d'un mois.

Aux cris de "Révolution, révolution", la foule a défilé à Choueifat, ville d'origine de la victime, Alaa Abou Fakhr, 38 ans et père de trois enfants, tué mardi à Khaldé, au sud de Beyrouth par un militaire alors que des manifestants bloquaient des routes.

Il a été qualifié de "Martyr de la révolution" par les manifestants qui, depuis le 17 octobre, descendent dans la rue pour réclamer le départ de l'ensemble de la classe politique, quasi-inchangée depuis des décennies et jugée corrompue et incapable de mettre fin au marasme économique.

Les photos et les vidéos du corps sans vie de la victime gisant dans une grande flaque de sang ont envahi la toile et suscité l'effroi parmi les Libanais.

L'armée a annoncé avoir ouvert une enquête après avoir interpellé le militaire ayant ouvert le feu.

Brandissant des drapeaux libanais, les manifestants ont rejoint la famille du défunt et assisté à une cérémonie religieuse avant que le cercueil ne soit porté par le cortège funèbre, sous les vivats et les jets de riz et de pétales de rose. Il a été ensuite inhumé.

"Nous sommes les révolutionnaires libres et nous allons continuer notre mouvement", a scandé la foule.

Des portraits et des affiches à l'effigie du défunt et celle de sa famille ont inondé les principales villes libanaises. A Tripoli (nord), surnommée "l'épouse de la révolution", un énorme portrait de la victime a été peint sur la façade d'un bâtiment.

Il s'agit du deuxième mort depuis le début de la contestation. Au début du mouvement, un manifestant avait été tué sur la route de l'aéroport de Beyrouth, bloquée par les contestataires, après une violente dispute avec un homme à moto proposant de transporter les voyageurs contre rémunération.

Amnesty International a condamné la mort d'Alaa Abou Fakhr et affirmé que l'enquête devait être civile et non militaire. "Seule une cour totalement indépendante peut rendre justice à Alaa et sa famille", a indiqué l'organisation dans un communiqué.

Ailleurs dans le pays jeudi, des manifestants ont bloqué plusieurs axes routiers, ce qui a donné parfois lieu à des heurts avec des militaires, notamment dans la Bekaa (est).

Mais l'armée a ensuite réussi à ouvrir la quasi-totalité des routes, obstruées à l'aide de bennes à ordures parfois incendiées, de barrières, ou de bidons et pneus brûlés.

Déclenché par l'annonce d'une taxe --vite annulée-- sur fond de marasme économique, le mouvement de contestation a entraîné la démission le 29 octobre du Premier ministre Saad Hariri mais les tractations pour la formation d'un nouveau cabinet se font attendre, au grand dam des manifestants.

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