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Escalade au Cachemire où Pakistan et Inde affirment avoir abattu des avions

Escalade au Cachemire où Pakistan et Inde affirment avoir abattu des avions
Des Pakistanais regardent les informations à la télévision sur les tensions avec l'Inde, le 27 février 2019 à IslamabadFAROOQ NAEEM

La tension est encore montée d'un cran mercredi entre l'Inde et le Pakistan qui ont chacun affirmé avoir abattu des avions ennemis, les deux puissances nucléaires répétant toutefois vouloir éviter "l'escalade".

La poussée de fièvre débutée mardi alarme la communauté internationale qui redoute un conflit ouvert entre les deux frères ennemis d'Asie du Sud autour de la région poudrière du Cachemire, pomme de discorde du sous-continent depuis la partition de l'empire colonial britannique en 1947.

Le Pakistan "ne veut pas aller vers la guerre" avec l'Inde, a assuré mercredi le porte-parole de l'armée lors d'un point presse. Les forces armées pakistanaises affirment avoir abattu deux avions indiens dans l'espace aérien pakistanais et arrêté deux pilotes indiens, dont l'un d'eux a été conduit à l'hôpital.

New Delhi a de son côté annoncé peu après avoir abattu un avion pakistanais au Cachemire, tandis que l'armée indienne a elle-même "perdu un Mig-21".

"Le pilote est disparu au combat. Le Pakistan clame qu'il le détient", a déclaré Raveesh Kumar, porte-parole du ministère des Affaires étrangères indien, lors d'un point presse à New Delhi.

Plus tôt mercredi, la ministre indienne des Affaires étrangères, Sushma Swaraj, avait semblé plaider l'apaisement, soulignant lors d'un déplacement en Chine que "l'Inde ne souhaite pas d'escalade" et "continuera à agir avec responsabilité et retenue".

L'opération de mardi n'était pas militaire car "elle ne visait pas d'installations" militaires pakistanaises, a ajouté Mme Swaraj.

Dans la matinée, Islamabad avait de son côté annoncé avoir "procédé à des frappes à travers la Ligne de Contrôle", ligne de cessez-le-feu qui sert de frontière de facto entre l'Inde et le Pakistan au Cachemire, "depuis l'espace aérien pakistanais". Celles-ci auraient visé des cibles "non militaires".

"Ce ne sont pas des représailles", avait insisté la diplomatie pakistanaise: "le seul objectif est de démontrer notre droit, volonté et capacité à l'autodéfense".

"Nous n'avons aucune intention d'escalade, mais sommes entièrement préparés à le faire si nous sommes forcés à ce paradigme", poursuit le communiqué.


"Horreur totale"

Signe de la volatilité de la situation, le Pakistan a fermé son espace aérien "jusqu'à nouvel ordre". En Inde, au moins neufs aéroports de la pointe nord du pays ont été fermés aux vols civils, selon l'agence Press Trust of India. L'Autorité indienne de l'aviation civile n'a fait aucun commentaire dans l'immédiat.

Washington a appelé l'Inde et le Pakistan à éviter toute "escalade", la Chine demandant elle à nouveau de la "retenue" ainsi que le "dialogue" entre les deux pays.

Contactés par l'AFP, des villageois résidant le long de la ligne de cessez-le-feu au Cachemire ont décrit d'intenses échanges d'artillerie entre armées indienne et pakistanaise dans plusieurs secteurs dans la nuit de mardi à mercredi. Les tirs d'obus de part et d'autre de la frontière de facto sont récurrents dans cette zone parmi les plus militarisées au monde.

"Nous avons passé la nuit dans l'horreur la plus totale. Les obus n'ont pas atterri dans le village mais des avions de chasse continuent de voler au-dessus de nous", a raconté dans la matinée Tariq, un habitant du village de Kamalkote, côté indien.


Versions contradictoires

Les événements se précipitent dans la région depuis que l'armée indienne a assuré mardi avoir mené un raid contre un camp d'entraînement au Pakistan du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JeM), très actif dans la lutte armée contre New Delhi dans la vallée de Srinagar, disant y avoir tué "un très grand nombre" de combattants.

Islamabad avait aussitôt dénoncé une "agression intempestive" et promis d'y répondre "à l'heure et à l'endroit de son choix".

L'Inde et le Pakistan se sont livrés trois guerres dans le passé, dont deux au sujet du Cachemire, une région himalayenne en majorité peuplée de musulmans.

New Delhi a expliqué son action de mardi par le fait que le groupe insurgé Jaish-e-Mohammed, qui avait revendiqué l'attentat suicide au Cachemire indien ayant provoqué la mort d'au moins 40 paramilitaires indiens le 14 février, préparait de nouveaux attentats en Inde.

L'Inde affirme avoir frappé un camp d'entraînement de l'organisation islamiste situé à Balakot, ville du nord-est pakistanais tout près de la région disputée du Cachemire. Le Pakistan nie le déroulé de la "frappe" et fait seulement état d'une incursion d'avions indiens dans son espace aérien, qui auraient largué une charge utile qui n'aurait fait ni dégâts, ni victimes selon cette version.

Le gouvernement indien avait toutefois essayé de limiter le risque d'escalade indo-pakistanaise en présentant cette frappe comme "préventive" et "non militaire".

Le Premier ministre Narendra Modi, qui cultive son image d'homme fort et briguera au printemps un second mandat, était sous pression de son opinion publique de venger l'attentat contre les paramilitaires au Cachemire indien.

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