Dans l'est syrien, des civils échappent à l'EI mais pas à la mort

Syrie

Omra Aamour nourrit son petit-fils en pleurant, assise devant une camionnette sur laquelle repose le corps sans vie de sa fille. En fuyant le groupe Etat islamique (EI) dans l'est syrien, la matriarche a perdu deux de ses enfants dans un tir d'obus.

"On fuit la mort, et en sortant on la retrouve face à nous", se lamente Mme Aamour, après avoir quitté l'ultime réduit de l'EI dans la province orientale de Deir Ezzor.

Pour les centaines de personnes qui abandonnent quasi quotidiennement les derniers bouts de territoires jihadistes, la mort n'est jamais loin.

Dans ce secteur très proche de la frontière irakienne, une alliance arabo-kurde soutenue par Washington, les Forces démocratiques syriennes (FDS), est toujours à l'offensive contre l'organisation ultra-radicale.

En fuyant il y a une semaine, un tir d'obus s'est abattu sur le bout de chemin emprunté par la famille Aamour, d'origine irakienne, comme de nombreux habitants de l'ultime réduit de l'EI.

Le fils d'Omra est décédé sur le coup. Une de ses filles, Israa, ainsi qu'une de ses petite-filles ont été grièvement blessées. La famille a rebroussé chemin avant de reprendre la route à nouveau quelques jours plus tard.

Les victimes des combats et leurs proches interrogés par l'AFP sont incapables de dire s'ils ont été touchés par des tirs des FDS ou des jihadistes.

Dimanche, quelques heures après avoir atteint les territoires des FDS près du village de Baghouz, Israa et la petite fille ont succombé à leurs blessures.

"La mort est partout", lâche Omra Aamour, bandage sur le nez, serrant son petit-fils. "Plus personne ne pleure les morts", poursuit cette femme de 60 ans, vêtue d'une abaya mauve et les cheveux couverts par un foulard noir.

Derrière elle, Israa repose encore à bord d'une camionnette. Des combattants des FDS arrivent pour récupérer sa dépouille. Elle sera enterrée tout près, dans un cimetière improvisé, où reposent déjà quatre personnes décédées peu après leur arrivée.

- "Pas de médicaments" -

Depuis une semaine, l'alliance arabo-kurde a suspendu ses opérations au sol visant à progresser en direction des quatre kilomètres carrés où sont retranchés les jihadistes.

Cet arrêt provisoire des combats a pour objectif d'épargner les civils qui se trouvent encore dans le secteur, et qui sont utilisés par l'EI comme boucliers humains, selon des combattants des FDS.

Mais les frappes d'artillerie et les raids aériens de la coalition internationale emmenée par Washington, qui soutient les FDS, se poursuivent, visant des positions jihadistes.

Tous ceux qui fuient affluent près de Baghouz, où les forces arabo-kurdes procèdent à des fouilles et des interrogatoires pour identifier les jihadistes dans la masse.

"Hamoudi, Hamoudi", lance anxieusement Amani Mohamed, alors que les secouristes s'affairent autour de son fils Mohamed, tremblant au sol et le crâne bandé.

Il y a une semaine, elle aussi essayait de fuir avec ses cinq enfants. Les petits avaient été blessés par un tir d'obus, forçant la famille à faire marche-arrière.

Âgé de six ans et demi, Hamoudi a été grièvement touché au crâne. La famille a tenté une nouvelle fuite dimanche. Entre-temps, l'état du garçon s'est aggravé.

"Là-bas, il n'y a pas de médicaments", déplore Mme Mohamed.

Les secouristes d'une ONG américaine s'activent autour du petit corps. L'un d'eux lui parle pour l'empêcher de sombrer dans le coma.

"Qu'est-ce qu'ils disent? Sa situation est-elle grave?", lance Amani, en pleurs, à qui veut bien l'entendre. "Dieu, guérissez-le", implore-t-elle.

- "Hors du monde" -

Depuis début décembre, plus de 36.000 personnes, principalement des proches de jihadistes, ont fui le dernier carré de l'EI à Deir Ezzor, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Dans le lot se trouvaient plus de 3.200 jihadistes, d'après la même source.

Au point de rassemblement près de Baghouz, les hommes sont immédiatement séparés des femmes, qui s'installent avec leur progéniture à même le sol en attendant d'être transportées vers les camps de déplacés dans le nord syrien.

Les mères nourrissent leurs enfants, ou encore échangent des couches, après avoir passé leur nuit dans le froid.

Assise près de ses béquilles, Imane Assouad a été blessée à une jambe dans un tir d'obus.

"Il n'y a rien là-bas, ni médicaments, ni soins, ni hôpitaux", déplore-t-elle en allaitant son nouveau-né.

Non loin de là, Safaa Hamdou, originaire de la province d'Alep (nord), a aussi été blessée aux jambes.

"Il y a dix jours, on a essayé de sortir, les jihadistes nous ont tiré dessus", explique cette mère de deux enfants en bas âge.

Elle semble avoir perdu la notion du temps, peinant à identifier la date ce jour-là. "Je suis épuisée. J'ai l'impression d'être hors du monde".

Vos commentaires