Dans l'ex "califat" de l'EI, un Français à la recherche de sa nièce

Dans l'ex
Photo prise le 25 mars 2019 à Qamishli, nord de la Syrie d'un Franco-marocain, Mostafa Tarbouni, à la recherche de sa nièce française -dont il porte la photo- emmenée il y a quatre ans par son père GIUSEPPE CACACE
Enfants, Syrie

Jana, trois ans, devait partir pour les vacances d'été avec son père au Maroc. Mais la fillette française a été emmenée dans les territoires du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, où son oncle est désormais à sa recherche, quatre ans plus tard.

Aujourd'hui âgée de sept ans, Jana pourrait se trouver dans le camp de déplacés d'Al-Hol (nord-est), où s'entassent des milliers de femmes et d'enfants de jihadistes, après la fin du "califat" autoproclamé de l'EI en Syrie et en Irak.

Pour l'identifier, son oncle maternel Mostafa Tarbouni compte notamment sur un indice précieux: une tâche de naissance sur le haut de la cuisse.

"L'appel que je lance d'ici (à Qamichli), à cent kilomètres de ce camp, c'est que l'Etat français puisse enfin intervenir et ramener Jana à son pays", confie à l'AFP cet éducateur spécialisé dans les services de protection de l'enfance, qui vit en Bourgogne (centre de la France).

Sur le perron d'un bâtiment de l'administration locale kurde abritant l'instance chargée des Affaires étrangères à Qamichli (nord-est), M. Tarbouni exhibe un dossier volumineux.

Des photos de la petite Jana. Notamment une où apparaît sa tâche de naissance.

"J'ai tous les documents nécessaires, la carte d'identité, le récépissé pour le passeport, l'acte de naissance, toutes les photos pouvant prouver l'identité de cette enfant", plaide ce Franco-Marocain de 49 ans à la carrure solide.

Il assure, sans dévoiler sa source, que sa nièce "a été vue en janvier 2019 dans les rues de Chaafa". Alors tenu par l'EI, ce village situé aux confins orientaux de la Syrie a depuis été conquis par les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par des combattants kurdes et soutenues par une coalition antijihadiste internationale à laquelle participent la France et les Etats-Unis.

- "Sacrifier ma nièce" -

En août 2014, le père de Jana, Eddy Leroux, avait récupéré sa fille chez son ex-femme. Il disait vouloir aller au Maroc pour des vacances. Ce sera la Syrie.

Alertée par la mère de l'enfant qui s'inquiétait de ne pas voir revenir sa fille, la justice française confirmera qu'Eddy Leroux et sa nouvelle compagne Jihane Makhzoumi, qui vivaient à Villefontaine (Isère, sud-est de la France), sont partis vers la Syrie avec Jana et trois autres enfants, dont un nouveau-né.

Converti à l'islam sous le prénom de Zayed, Eddy Leroux meurt "au combat" en 2015 dans la région de Palmyre, dans le centre de la Syrie, autrefois sous contrôle jihadiste, selon M. Tarbouni.

De retour en France fin 2016, Mme Makhzoumi a été arrêtée à l'aéroport parisien de Roissy.

Elle "est rentrée avec ses trois enfants. Mais elle a fait le choix de sacrifier ma nièce en la laissant derrière", accuse M. Tarbouni.

Aujoud'hui, Jana serait avec une Libyenne affiliée à l'EI, assure-t-il.

Ces informations, il les tient des journalistes suivant le dossier des Français en Syrie et des femmes rentrées en France après avoir rallié l'EI.

- "Enfants en souffrance" -

Le camp d'Al-Hol accueille plus de 6.500 enfants de jihadistes étrangers. Plusieurs agences internationales, notamment l'Unicef, on appelé à les rapatrier "aussi vite que possible".

Mi-mars, Paris a rapatrié pour la première fois cinq enfants "orphelins et isolés". La France n'exclut pas de rapatrier d'autres orphelins, mais dit qu'elle procèdera au cas par cas.

Selon M. Tarbouni, les autorités locales kurdes demandent juste le "feu vert" du ministère des Affaires étrangères français pour le laisser accéder au camp. Lundi, son avocat a effectué une requête auprès du Quai d'Orsay.

Cela fait des années que sa famille lutte pour retrouver Jana, allant d'un ministère à l'autre pour obtenir l'engagement des autorités françaises.

Elle avait aussi pris contact avec la Croix-Rouge. Sans succès.

"Ca fait presque cinq ans que ça ne bouge pas", déplore-t-il. "Quand j'ai vu que les cinq enfants sont rentrés, j'ai dit +c'est le moment de bouger, on va pas laisser traîner les choses+".

"Tout ce que je demande (...), c'est un coup de pouce du ministère" français, confie-t-il.

Interrogé par l'AFP, un responsable des Affaires étrangères au sein des autorités locales kurdes s'est refusé à tout commentaire.

Pour Paris, la question des Français retenus en Syrie est une poudrière. Deux avocats ont récemment déposé une nouvelle plainte devant l'ONU, pour obliger la France à rapatrier des enfants de jihadistes.

Fin février, au moins 80 enfants français se trouvaient en Syrie, selon des estimations de sources françaises.

"Derrière Jana, je le dis toujours, c'est le symbole de beaucoup d'enfants qui sont en souffrance dans les camps", insiste M. Tarbouni. "Il est vraiment temps qu'on s'occupe de ce problème".

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