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Dans les banlieues résidentielles, des femmes se rebiffent contre Trump

 
 

Donald Trump compte beaucoup sur les femmes des banlieues résidentielles pour être réélu le 3 novembre. Mais dans la grande région new-yorkaise comme ailleurs dans le pays, des femmes se mobilisent au contraire pour son rival démocrate Joe Biden, rejetant la vision selon elles dépassée de ces territoires véhiculée par le président républicain.

A Stamford, dans le Connecticut, les "Suburban Women Against Trump" (SWAT) - "Banlieusardes contre Trump" - ont commencé à se mobiliser début août, après que le président eut affirmé que Joe Biden voulait "détruire vos quartiers et le rêve américain" en y construisant des HLM.

Le 12 août, Donald Trump a même affirmé dans un tweet que "les femmes au foyer des banlieues voteront pour moi le 3 novembre."

"J'ai été horrifiée par la façon dont il essayait de présenter les femmes des banlieues comme étant dans son camp, aussi racistes que lui", explique à l'AFP Brook Manewal, co-fondatrice de SWAT.

"Il nous présente comme craignant de perdre nos jolies petites maisons, avec leurs clôtures blanches et leurs jolies pelouses, mais ça ne correspond pas du tout aux gens que je fréquente", dit-elle.

Cette avocate de 43 ans, mère de quatre enfants, suggère alors à une amie, Shira Tarantino, également de Stamford, de former une association pour persuader d'autres "banlieusardes" de voter Joe Biden.

Très modeste au départ, avec une simple page Facebook, l'organisation revendique aujourd'hui 9.000 membres dans 35 Etats américains.

Leurs actions: appels téléphoniques aux électeurs, envoi de cartes postales appelant à voter, levée de fonds pour Joe Biden, ou encore préparation d'une manifestation à Stamford ce samedi, dans le cadre d'une série de "marches des femmes" organisées à travers le pays pour défendre notamment le droit à l'avortement.

Elles ont aussi envoyé à la Maison Blanche, en 10.000 exemplaires, une lettre soulignant que Trump "ne nous connaît pas, ne parle pas en notre nom, et n'incarne en aucune façon le type de dirigeant que nous respectons".

- Vote décisif -

Sans surprise, la plupart des femmes de SWAT sont démocrates, même si quelques électrices traditionnellement républicaines sont venues grossir les rangs.

Le but n'est "pas nécessairement de faire changer d'avis les gens", dit Shira Tarantino. "On est là pour convaincre d'aller voter des gens qui généralement ne votent pas", explique-t-elle.

Les femmes blanches, dont beaucoup d'électrices des banlieues, ont joué un rôle important dans la victoire surprise de Donald Trump sur Hillary Clinton en 2016: selon l'institut Pew, 47% des femmes blanches ont voté Trump, contre 45% pour l'ex-Secrétaire d'Etat, un pourcentage qui a même atteint 61% chez les femmes sans diplôme universitaire.

Leur vote a été décisif notamment pour emporter sur le fil des Etats comme le Michigan, le Wisconsin ou la Pennsylvanie, et pourrait être déterminant cette année encore.

Mais cette fois, les sondages semblent donner l'avantage à Joe Biden: un sondage Washington Post/ABC en août montrait le démocrate devançant Donald Trump de 13 points chez les femmes des banlieues.

Pour Maria Rocha, adhérente noire de SWAT employée dans le capital-risque, les manifestations monstres contre les inégalités raciales après la mort de George Floyd fin mai ont pesé dans la balance, en contribuant à "éveiller" les femmes des banlieues au sort des minorités.

Lors d'un meeting en Pennsylvanie mardi, le président républicain a fait des appels du pied à cet électorat. "Femmes des banlieues, allez-vous m'apprécier, s'il vous plaît? J'ai sauvé vos quartiers, pas vrai?" a-t-il lancé à la foule.

- Fini les années 50 -

Christopher Borick, professeur de sciences politiques à l'université de Muhlenberg College en Pennsylvanie, estime que l'équipe de campagne de Trump cible désormais de plus en plus ostensiblement les femmes des banlieues - même s'il y a "peu de signes que ces efforts paient pour l'instant".

Pour Robert Shapiro, politologue à l'université Columbia, la perte de popularité du président chez les femmes blanches est même l'une des grandes raisons pour lesquelles Joe Biden domine désormais dans les sondages.

Si les femmes se rendent aux urnes en nombre, "cela pourrait se traduire par une large victoire des démocrates, aussi bien au niveau du vote populaire que des grands électeurs", dit-il.

A part SWAT, dont l'une des organisatrices est noire et une autre d'origine pakistanaise, d'autres groupes de femmes se sont formées dans les banlieues pour battre Trump.

Comme le groupe "Red, Wine and Blue" ("Rouge, vin et bleu"), né dans les banlieues de l'Ohio en 2016, dont les pages Facebook comptent plus de 180.000 membres.

Pour sa fondatrice Katie Paris, Donald Trump "n'a pas idée de ce à quoi ressemblent nos vies", indique-t-elle à l'AFP. "Nous ne sommes plus des femmes au foyer, ce n'est plus les années 50."




 

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