Dans les camps royingyas du Bangladesh, l'afflux massif de réfugiés booste l'économie locale

Dans les camps rohingyas du sud du Bangladesh, la crise provoquée par l’afflux massif de réfugiés offre de nouvelles opportunités économiques pour la population locale, qui doit répondre aux besoins des déplacés et des nombreuses ONG étrangères.

"Je ne me préoccupe pas du conflit. Tout est bon pour les affaires", relève Min Min, le capitaine birman d'un bateau qui décharge sa marchandise dans le port de Teknaf, à quelques kilomètres de certains camps. Il fait venir de Birmanie du gingembre, du riz, des nouilles et du "ainshi", une châtaigne très prisée des Rohingyas.

La région de Cox's Bazar, dans le sud du Bangladesh, limitrophe de la Birmanie, accueille environ un million de Rohingyas. L'afflux a été massif à partir d'août 2017: quelques 700.000 personnes appartenant à cette minorité musulmane, chassés par l'armée birmane et des membres de l'ethnie rakhine, sont arrivés dans le pays en quelques mois.

Les camps sont devenus aujourd'hui de véritables villes de tentes qui s'étendent à perte de vue, recouvrant collines et champs.

Cette explosion démographique a engendré de nouvelles opportunités économiques pour la population locale.

Il faut avant tout répondre aux besoins des centaines de milliers de réfugiés à la recherche d'un abri, de nourriture ou de biens de consommation. Certains ont un peu plus de moyens car ils reçoivent de l'argent de proches habitant à l'étranger.

Dans l'immense camp de Kutupalong, les affaires du Bangladais Salesman Kaiser Ahmed prospèrent. Avant le déclenchement de la crise en août 2017, il vendait cinq à six téléphones portables par semaine. "Maintenant, j'en vends environ 300", se félicite-t-il.

Tout comme lui, beaucoup de commerçants bangladais ont vu leurs revenus augmenter. Les échoppes se sont multipliées dans le camp depuis l'année dernière: certaines proposent des saris bariolés, d'autres de réparer ou de mettre en gage des bijoux, d'autres retransmettent en direct des matchts de foot à la télévision pour 0,3 dollar.

- Impact des ONG -

L'économie locale est aussi boostée par l'argent des donateurs étrangers.

Et les nombreuses ONG ont un impact important. Elles achètent en grande quantité du matériel de construction, des bâches, des casseroles ou des couvertures et emploient des milliers de travailleurs bangladais et rohingyas.

Mohammad Jashan, un Bangladais de 26 ans embauché par une organisation britannique, gagne ainsi 300 dollars, bien plus que le salaire moyen du pays, l'un des plus pauvres du monde.

Pour Thoin Line, un commerçant qui importe ses produits dans le port de Teknaf, l'afflux des réfugiés est aussi bon pour les affaires car la main d’œuvre des Royingyas est très bon marché. "Ils sont robustes. Ils travaillent jour et nuit et leurs salaires ne sont pas trop élevés", relève-t-il.

Les membres de cette minorité musulmane n'ont en théorie pas le droit de travailler au Bangladesh et la plupart d'entre eux sont sans emploi. Ceux qui veulent décrocher un travail, qui sera payé entre 300 et 500 taka (3 à 6 dollars) par jour, sont obligés de verser une commission aux chefs des camps qui sélectionnent les candidats.

Ces derniers temps, plusieurs problèmes ont vu le jour.

Les ONG ont tendance à faire flamber les prix et à enrichir les Bangladais les plus aisés, propriétaires d'hôtels, de restaurants ou de véhicules, laissant de côté les défavorisés.

Le faible coût de la main d’œuvre rohingya a également fait baisser les salaires pour les Bangladais les plus pauvres.

Des tensions sont aussi apparues dans les camps où criminalité, drogue et prostitution ont nettement progressé.

Face à cela, la Banque mondiale a annoncé en juin qu'elle allait débloquer une aide de près d’un demi-milliard de dollars sous forme de dons afin d’aider le Bangladesh à répondre aux besoins des réfugiés dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’assainissement. Le but est d'offrir ces nouveaux services aussi aux Bangladais, qui manquent parfois cruellement d'infrastructures.

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