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De l'armée au jihad en Syrie: récit d'un parcours hors norme aux assises

De l'armée au jihad en Syrie: récit d'un parcours hors norme aux assises
Croquis d'audience à la cour d'assise à Paris où comparait Erwan Guillard parti faire le jihad en Syrie, dont le procès a commencé le 19 mars 2018Benoit PEYRUCQ
Syrie

Erwan Guillard devait partir en mission en Guyane puis en Afghanistan, mais il a quitté l'armée, s'est converti à l'islam et trois ans plus tard, il est parti faire le jihad en Syrie. Son procès a démarré lundi aux assises à Paris.

"Je voudrais juste dire que j'ai reconnu les faits. Je les assume. Maintenant, je regarde devant moi", a déclaré l'accusé à la barbe très longue et fournie, pour ses premiers mots à la cour d'assises.

Erwan Guillard, 29 ans, est jugé jusqu'au 26 mars, avec un autre accusé, Tewffik Bouallag, par la cour d'assises spéciale, pour "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime d'atteinte aux personnes".

Erwan Guillard a tenté une première fois de partir en Syrie en 2012, puis a renoncé. Mais en août 2013, il est allé jusqu'au bout, sans prévenir sa femme, en laissant derrière lui ses deux enfants en bas âge.

"A la différence de la majorité des mis en examen (de retour de Syrie et d'Irak, ndlr), qui affirment avoir fait de l'humanitaire et avoir seulement fait quelques gardes, il a choisi d'assumer ses activités militaires", a souligné le président Philippe Coirre en présentant l'affaire. "A aucun moment il ne s'est déclaré favorable à des actions violentes en France", a-t-il ajouté.

Erwan Guillard, qui s'est rendu de lui-même au commissariat à son retour en juin 2014, reconnait avoir pris part aux combats mais affirme ne pas avoir commis d'exactions. Des photos de têtes coupées et d'un tronc humain ont cependant été retrouvées dans ses affaires.

La cour s'est intéressée lundi à son passé, afin de comprendre cette trajectoire hors du commun.

Il a grandi à Redon, en Ille-et-Vilaine. En échec scolaire après la douloureuse séparation de ses parents, il a arrêté l'école en troisième. Il tente un CAP boulangerie, travaille dans une entreprise qui contrôle la viande halal. En 2009, il se tourne vers l'armée. "J'aime le sport et l'action, donc j'ai voulu partir à l'armée", a-t-il raconté.

Pendant six mois, il fait l'entraînement pour être parachutiste. Il reçoit une formation aux armes, au lancer de grenade, réussit bien les tests de valeur athlétique, de parcours d'obstacles. Les notes sont bonnes, même si les appréciations sont mitigées.

"Pourquoi le choix des parachutistes?", interroge le président. "Je voulais les meilleurs", répond-il.

Mais quand se termine la période probatoire, il quitte l'armée. "Je ne supportais pas la mentalité, les alcooliques, le racisme anti-musulman", explique l'accusé.

- "Tout s'écroule" -

Quelques jours plus tard, le jour de Noël 2009, il se convertit à l'islam. Cela s'est fait "peu à peu", dit-il: il ne mangeait plus de porc depuis 2004, lisait le Coran, fréquentait des musulmans, dont sa compagne, rencontrée à 15 ans. Il cherche des réponses sur la religion sur internet.

Tous deux se marient, font deux enfants. Son épouse s'oppose au départ en Syrie, ce qui conduira à leur divorce. Ils sont aujourd'hui réconciliés et "toujours mariés religieusement". Elle lui aurait pardonné. "Elle a vu que je n'étais plus dans le mode guerrier dans ma tête, que j'étais apaisé".

Ses parents ont témoigné devant la cour. "Je suis conscient que le manque d'un père a eu de l'influence sur ce qui s'est passé. Je m'en veux tous les jours", a confié son père, absent de nombreuses années. "Il était fait pour être militaire", a-t-il regretté.

Sa mère affirme qu'il est parti en Syrie pour combattre Bachar al Assad après avoir vu des images d'enfants souffrir. Quand elle a découvert le départ de son fils, "tout s'est écroulé".

"Comment vous définissez-vous M. Guillard, musulman modéré ou extrémiste", l'interroge la cour? "Au milieu", répond-il. Erwan Guillard encourt 20 ans de réclusion, et un des enjeux du procès consiste à savoir si l'accusé, détenu à l'isolement, est déradicalisé.

La cour l'interroge sur ses projets. "Je n'imagine pas d'avenir en France. On ne partage pas les mêmes valeurs". Il aimerait partir en Algérie, où vit sa belle-famille.

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