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De la plage à la favela, Rio vote en rêvant au changement

Dans un Brésil déchiré après une campagne électorale agressive, les habitants de Rio de Janeiro ont voté dimanche avec un crédo: le changement, aussi bien dans les quartiers chics comme Copacabana que dans les favelas comme Rocinha.

À quelques mètres de la célèbre plage de Copacabana, haut lieu touristique de Rio, Clara Gentil, 53 ans, s'est présentée dès 7H30 devant son bureau de vote, l'école Cicero Penna, une demi-heure avant l'ouverture.

"Cette élection est l'occasion d'apporter un changement, une évolution, de donner plus de travail aux gens", affirme-t-elle, citant un des fléaux du Brésil, le chômage, qui touche près de 13 millions de personnes.

"Malheureusement, beaucoup de Brésiliens ont été manipulés et poussés à choisir la voie de la haine", ajoute Mme Gentil, qui arbore un t-shirt sur lequel on peut lire "EleNao" (Pas lui), mot d'ordre des opposants au candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro, favori des sondages.

Pour elle, cet ancien capitaine de l'armée représente un danger pour la démocratie en raison de son apologie décomplexée de la dictature militaire (1964-1985) et de ses dérapages racistes, homophobes ou misogynes.

Mais de nombreux électeurs, comme Agostin Morais da Silva, considèrent au contraire que Jair Bolsonaro est l'homme de la situation, avec son discours sécuritaire qui préconise la libéralisation du port d'arme.

"Je vais voter avec espoir pour Bolsonaro. C'est un fervent défenseur de la famille traditionnelle et je crois qu'il va changer le pays en mieux", affirme ce policier de 56 ans.

Même son de cloche chez Marcelene Goncalves, assistante sociale de 29 ans qui habite aussi Copacabana. "Malheureusement, il y a trop de corruption dans notre pays. Nous misons sur un président juste, honnête et digne", déclare-t-elle.

- "Attention à qui on élit" -

À seulement dix kilomètres de Copacabana, surplombant d'autres quartiers chics, s'étale la favela de Rocinha, une des plus grandes d'Amérique latine, avec son habitat précaire à flanc de colline.

La passerelle pour piétons qui enjambe la voie rapide et permet aux habitants d'accéder aux bureaux de vote est tapissée de tracts avec des noms de candidats et leur numéro à saisir sur l'urne électronique.

De longues files d'attente se forment rapidement et les électeurs doivent patienter pendant près d'une heure pour voter.

Dans cette favela où les affrontements entre bandes rivales de narcotrafiquants et policiers sèment la terreur au quotidien, les habitants réclament plus de sécurité, mais aussi de meilleurs services de santé et d'éducation.

Antonio Pereira Moraes, 49 ans, considère que Jair Bolsonaro est le seul à pouvoir améliorer la situation. "Le Brésil a besoin de changement. Il faut faire des choses que les autres n'ont pas faites, surtout en matière de santé".

Camila Silva, 18 ans, partage ce diagnostic, mais préconise un autre remède.

"En tant que femme, en tant que Brésilienne, j'espère que Bolsonaro ne va pas gagner", affirme la jeune femme, qui a vécu toute sa vie dans la favela et vote pour la première fois.

"Nous avons besoin d'un président qui investisse dans l'éducation. Sans éducation, il n'y a pas d'avenir", ajoute-t-elle.

Camila, qui lit régulièrement la presse et n'a raté aucun débat télévisé, déplore le fait que beaucoup de gens autour d'elle votent sans être informés, par exaspération, et que d'autres préfèrent voter blanc.

"Ils ne comprennent pas que leurs droits sont en jeu. Il faut faire attention à qui on élit", conclut-elle.

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