Déplacés yéménites: deux camps, une même tragédie

Plus que les biens matériels et les moyens de subsistance, la guerre au Yémen a privé de nombreuses familles de quelque chose de plus précieux: la dignité.

"C'était humiliant (de quitter la maison) et maintenant que nous sommes dans ce camp de déplacés, c'est encore plus humiliant", constate avec amertume Ali Mohammed Moustbani depuis sa tente, les yeux baissés et l'échine courbée.

Lui, sa femme et leurs six enfants ont été contraints de fuir leur ville natale dans la province de Hajja, dans le nord-ouest du Yémen, pour le camp d'Al-Khoudeich, dans le même gouvernorat, après d'intenses frappes aériennes.

Ces raids sont généralement attribués à l'aviation d'une coalition sous commandement saoudien qui aide militairement depuis 2015 le pouvoir face aux rebelles Houthis.

"Notre situation n'a fait qu'empirer et nous n'avons reçu aucune aide", dit-il.

La nourriture se fait rare dans le camp, où l'on voit des enfants errer, certains pieds nus, sans grand chose à faire. Une fillette brosse les cheveux de sa petite sœur, une autre s'occupe d'un bébé.

Ils font partie des quelque deux millions de déplacés du conflit qui a fait quelque 10.000 morts et provoqué la pire crise humanitaire au monde avec des millions de personnes menacées de famine, selon l'ONU.

Le peu d'ingrédients disponibles sont cuits dans une fosse creusée à même le sol. A côté, une jeune fille découpe du gombo pour le mélanger avec du Mouloukhiyah, un plat à base de corète potagère.

- "Nous souffrons" -

Dans une autre tente, les membres de famille de Yehya Kaloum sont assis par terre et échangent des regards furtifs.

Le père de famille a perdu plusieurs de ses proches dans une frappe aérienne en mars 2015 contre le camp de déplacés d'Al-Mazrak dans la province de Hajja, qui a fait de nombreux tués.

La famille a erré d'un endroit à l'autre jusqu'à échouer dans le camp d'Al-Khoudeich. "Nous avons vu des gens mourir (sous les bombes). Nous nous sommes enfuis à pied avec seulement les vêtements sur le dos", raconte Yehya Kaloum à l'AFP.

"Nous souffrons. Nous n'avons pas d'eau, nous n'avons pas de nourriture et nous n'avons pas de soins médicaux pour nos enfants", se lamente-t-il.

A environ 300 kilomètres au sud de Hajja, des déplacés entassés dans le camp de Khokha, dans la province de Hodeida, sont confrontés aux mêmes difficultés.

"Nous sommes partis à cause des bombardements féroces lancés de jour comme de nuit par les rebelles", raconte Mohammed Ghaleb.

- Ni travail, ni permis, ni Identité -

Il se remémore la terreur provoquée par des tireurs d'élite rebelles dans sa ville natale de Hays, à quelque 30 kilomètres de Khokha, qui a connu un exode massif.

Des quartiers entiers ont été abandonnés et des immeubles et des magasins criblés de balles ont fermé leurs portes.

Les belligérants ont conclu un accord sur une trêve dans la ville de Hodeida, chef-lieu de la province du même nom, lors de pourparlers en Suède mais des combats ont lieu par intermittence, signe de la fragilité du cessez-le-feu entré en vigueur mardi.

Mohammed Saleh Oseili et sa famille élargie de plus de 100 personnes ont quitté Hays il y a presque un an.

Il dit avoir perdu son travail de chauffeur routier. "J'ai perdu mon permis et j'ai perdu ma carte d'identité".

"Nous avons vu des gens tomber sous les missiles des Houthis, des tireurs d'élite sur nos toits et nous avons préféré partir".

Les déplacés des deux camps ne savent pas d'où viendra le prochain repas et Ichraq Mohammed Saleh, qui a également fui Hays pour le camp de Khokha demande plus d'aide des organisations humanitaires, surtout pour éduquer les enfants non scolarisés.

Elle regrette le temps où elle et ses voisins vivaient dans leurs maisons "avec fierté et dignité".

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