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Dépôt du dossier de béatification du père Hamel, assassiné par des jihadistes

Dépôt du dossier de béatification du père Hamel, assassiné par des jihadistes
Le père Jacques Hamel, égorgé le 26 juillet 2016, célébrant une messe le 11 juin 2016 dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie. HO

Le volumineux dossier de l'enquête en vue de la béatification du père Jacques Hamel, égorgé en juillet 2016 par deux jihadistes dans son église en France, a été remis mercredi au Vatican, a constaté l'AFP.

L'archevêque de Rouen Mgr Dominique Lebrun et une quarantaine de jeunes paroissiens qui l'accompagnaient ont déposé six lourds cartons, avec des scellés rouges, à la Congrégation des causes des saints, qui jouxte la place Saint-Pierre.

"Ici c'est la fabrique des saints !", leur a décrit le cardinal Angelo Becciu, le préfet de ce département, qui les a reçus en français dans une salle ornée de portraits de papes.

Même si 1.500 dossiers sont en cours d'examen, le cardinal italien a assuré que celui du père Hamel était considéré comme "prioritaire", conformément au souhait du pape François.

Jacques Hamel, un prêtre de 85 ans de la banlieue de Rouen, en Normandie, a été assassiné le 26 juillet 2016 à l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray au moment où il venait de célébrer une messe.

Deux jihadistes de 19 ans, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, avaient pris en otage cinq personnes et égorgé le prêtre avant d'être tués par la police. L'assassinat avait été revendiqué par l'organisation jihadiste Etat islamique (EI). "Va-t-en satan !", avait dit le prêtre à ses tueurs avant de mourir.

Le dossier d'enquête de 11.500 pages comprend l'audition d'une soixantaine de témoins, des documents sur la vie du prêtre ainsi que quelque 600 homélies rédigées de sa main.

Cette première étape, qui a permis d'interroger au plus vite certains témoins oculaires de plus de 80 ans, a requis plus de 10.000 heures de travail.

Cela devrait prendre au moins deux ans à la Congrégation pour les causes des saints pour décider de béatifier ou non le père Hamel. Un "postulateur", vivant obligatoirement à Rome, et qui devra suivre toute la procédure, doit d'abord être choisi avant d'ouvrir les cartons.

"Le pape a déjà dit qu’il était bienheureux, mais il n'a pas dit qu'il était béatifié. Vous savez à Rouen, Jeanne d’Arc a été béatifiée cinq siècles après sa mort !", a confié à des journalistes l'archevêque de cette ville, où elle fut brûlée, Mgr Dominique Lebrun.

Au cours d'une messe au Vatican à la mémoire du père Hamel, en septembre 2016, le pape François l'avait déjà qualifié de "martyr" et de "bienheureux".

"C’est un jour important, je pense à la famille en particulier, qui m'a envoyé un SMS, je pense aux policiers aussi qui ont tiré sur les assassins", a souligné Mgr Lebrun. Ce dernier a pu saluer François à la traditionnelle audience du mercredi sur la place Saint-Pierre. "Il m'a dit : +tu sais c'est une exception+", a raconté le prélat.

Le pape a en effet concédé une très rare exception aux règles, qui exigent un délai de cinq ans entre la mort et l'ouverture d'un procès en béatification.

La très probable reconnaissance du martyr ("mort en haine de la foi") du père Hamel le dispenserait d'obtenir un miracle pour être reconnu bienheureux. Il lui en faudrait cependant un pour être éventuellement déclaré saint par la suite.

Théodore Verdonck, l'un des jeunes catholiques qui a aidé à transporter mercredi les cent kilos de documents, se montre impressionné par le courage du père Hamel : "On a vu qu’il est mort en martyr, qu’à aucun moment il n'a décidé de nier sa religion, même quand il était en danger de mort".

C'était "un prêtre ordinaire avec des défauts, un peu colérique, un peu solitaire et en même temps très proche de la population avec qui il habitait", a décrit l'archevêque de Rouen.

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