En ce moment
 
 

Des sénateurs américains doutent de la fiabilité de Facebook sur sa cryptomonnaie

Des sénateurs américains doutent de la fiabilité de Facebook sur sa cryptomonnaie
David Marcus, responsable chez Facebook du projet Libra, lors d'une audition au Sénat le 16 juillet 2019SAUL LOEB
Facebook

Déjà épinglé maintes fois sur les questions de respect de la vie privée et de protection des données, Facebook n'est pas forcément digne de foi quand il s'agit de son dernier grand projet, la cryptomonnaie Libra, ont mis en avant plusieurs sénateurs américains lors de la première audition publique sur le sujet mardi.

"Facebook n'a peut-être pas l'intention d'être dangereux mais ils ont déjà démontré qu'ils ne respectaient pas le pouvoir des technologies avec lesquelles ils jouent", a dénoncé le sénateur démocrate Sherrod Brown.

"Facebook nous a dit encore et encore qu'on devait leur faire confiance mais à chaque fois que les Américains vous font confiance, il semblerait qu'ils s'en mordent les doigts", a-t-il ajouté à l'adresse de David Marcus, responsable du développement du projet Libra au sein du réseau social.

Il a tenté d'en défendre le bien-fondé pendant deux heures mardi devant la commission des Finances du Sénat à Washington. Et doit faire de même mercredi devant la Chambre des représentants.

Avec la création annoncée mi-juin de cette monnaie numérique offrant un mode de paiement alternatif aux circuits bancaires traditionnels, Facebook veut bouleverser le système financier mondial. Elle s'inspire de crytodevises comme le bitcoin.

Mais un tel projet s'accompagne d'une responsabilité énorme que les dirigeants politiques, inquiets de voir des entreprises privées s'engager sur ce terrain, ne semblent pas forcément prêts à accorder au groupe de Mark Zuckerberg.

Cette cryptomonnaie suscite en effet de plus en plus d'inquiétudes parmi les régulateurs du monde entier, et M. Marcus a promis de répondre à toutes les préoccupations des législateurs avant de lancer la devise sur le marché, comme celles liées au risque d'utilisation pour du blanchiment d'argent, de la fraude fiscale ou du financement du terrorisme.

- "Dérailler?" -

Le ministre américain des Finances Steven Mnuchin a d'ailleurs lancé un avertissement au réseau social lundi, assurant qu'il "allait avoir beaucoup de travail à faire pour convaincre" l'administration Trump que Facebook pouvait mettre en place cette monnaie en toute sécurité.

M. Mnuchin a insisté sur la nécessité de préserver l'intégrité de la monnaie américaine, "une question de sécurité nationale" alors que les Etats-Unis prennent très au sérieux "le rôle du dollar comme monnaie de réserve nationale".

Mais, au Sénat, c'est surtout la question de la confiance à accorder à Facebook qui a été soulevée plusieurs fois.

Ainsi le sénateur républicain John Kennedy a déversé un flot de questions sur M. Marcus concernant ce que les responsables de Facebook savaient exactement à propos des ingérences russes via le réseau social lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2016.

"J'ai beaucoup de respect pour Facebook mais Facebook veut maintenant contrôler la quantité de monnaie en circulation. Qu'est-ce qui pourrait dérailler?" s'est-il interrogé.

D'autres sénateurs se sont aussi demandé si Facebook allait vraiment respecter l'engagement de ne pas mélanger les données partagées sur la plateforme de la Libra et sur le réseau social et celles destinées à cibler les publicités.

"Je ne vous fais tout simplement pas confiance", a asséné la sénatrice républicaine Martha McSally. "Vous n'avez pas respecté la vie privée par le passé (...) et pourtant vous lancez un nouveau produit et assurez que la vie privée sera respectée. Comment les utilisateurs pourront savoir si cela ne va pas aussi changer et que le respect de leur vie privée ne sera pas de nouveau enfreint?"

Les sénateurs américains relaient ainsi certaines inquiétudes soulevées par d'autres régulateurs dans le monde, le sujet étant par exemple à l'agenda d'une réunion des ministres des Finances du G7 qui doit se tenir mercredi et jeudi près de Paris.

Certains sénateurs se sont montrés plus réceptifs à l'objectif de Facebook, qui assure vouloir faciliter et rendre plus abordables les transferts d'argent internationaux.

"Malgré les incertitudes, les buts affichés de Facebook avec ce système de paiement sont louables", a estimé le sénateur républicain Mike Crapo, président de la commission.

"S'il est bien fait", le projet Libra "pourrait apporter des avantages certains comme l'expansion du système financier aux personnes n'ayant pas accès au système bancaire ou la possibilité d'effectuer des paiements moins chers et plus rapidement", a-t-il remarqué.

Vos commentaires