En ce moment
 
 

Deux femmes imames dirigent une prière, une cérémonie inédite en France

Sur les tapis de prières, femmes et hommes sont côte à côte sans distinction. Face à eux, dans une salle parisienne, deux femmes imames prononcent le sermon, un moment inédit pour le culte musulman en France.

"Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous", déclame en arabe puis en français Eva Janadin, l'une des deux imames, bientôt suivie par l'appel à la prière entonné par Anne-Sophie Monsinay.

La première - jean et chemisier, la seconde en jupe longue noire - sont écoutées par une soixantaine de fidèles, installés sur cinq rangées de tapis bleu, marron, orange accolés les uns aux autres.

Dans la salle louée pour cette occasion, hommes et femmes sont mélangés, a constaté une journaliste de l'AFP. Certaines fidèles portent un voile. D'autres non, notamment les deux imames. Le sermon est en français et les formules arabes systématiquement traduites.

Salutations, prosternations, incantations des noms divins, chants... l'assistance suit les mouvements et les voix de ces deux femmes de 29 et 30 ans, converties à l'islam il y a dix ans, qui animent des groupes de discussion sur les réseaux sociaux.

Le tout sous l'œil d'un ami rabbin, d'invités protestants ou encore de l'Américano-malaisienne Ani Zonneveld, présidente de l'association Muslims for Progressive Values, aux Etats-Unis. L'imame de la mosquée de Berlin, ouverte en 2017, Seyran Ates, avocate d'origine turque, est aussi venue encourager ce projet "moderne et progressiste".

- "Ouverture"-

Le voeu de ces deux enseignantes depuis plusieurs années: traduire par des actes concrets leur vision d'un islam "spirituel", "progressiste" et "éclairé", qui s'inspire, entre autres, du soufisme, une branche mystique de l'islam.

Toutes deux sont persuadées que "beaucoup de musulmanes et de musulmans ont un besoin vital d'émancipation et de libération". "Il est possible de faire germer un modèle alternatif pour contrer l'islamisme et le conservatisme", assurent-elles.

Le public approuve. Même si l'un regrette pourtant un manque d'explication dans le sermon ou une certaine forme d'élitisme.

"J'ai beaucoup aimé l'ouverture de cette prière", témoigne, à la sortie, Afida, 41 ans. "Traditionnellement dans une mosquée, on doit trouver la salle pour les femmes, on sent plein de regards, de jugements. C'est un frein pour moi, je ne me rends pas fréquemment à la mosquée. Là, c'est la première fois que je me suis sentie au bon endroit", ajoute cette femme qui travaille dans le marketing en région parisienne.

Pour Mustapha Chaqri, 35 ans, "cet événement symbolise le retour à l'islam d'origine". Car selon lui "l'islam ne fait aucune différence entre homme et femme".

Mehdi, étudiant algérien vivant en France, raconte que "peu importe" pour lui la mixité de la salle. "Déiste", c'est "la démarche spirituelle qui l'intéresse".

Ludovic-Mohamed Zahed, imam homosexuel, qui avait ouvert et dirigé en 2012 et pendant plusieurs mois un lieu de culte "inclusif" rassemblant dans une même salle "femmes, hommes, homosexuels, hétérosexuels, croyants ou non...", a vu dans la cérémonie la poursuite d'un "grand mouvement".

Les deux promotrices du projet disent avoir réuni "plusieurs milliers d'euros" auprès de leurs sympathisants pour pouvoir louer un local parisien, une fois par mois pour la prière du vendredi, et ce, pendant un an. Ce lieu sera amené à changer.

Leur objectif maintenant: trouver des mécènes pour avoir un lieu de prière fixe.

Vos commentaires