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Chapon, bûche et messe de Noël: dans l'ex-bassin minier, des "gilets jaunes" réveillonnent sur leur rond-point

"C'est un Noël comme à la maison" : à Somain, dans le Nord, une trentaine de "gilets jaunes" ont fêté lundi soir Noël avec "leur deuxième famille" sur un rond-point où un prêtre devait célébrer la messe de minuit.

Oeufs mimosa, toasts au foie gras, chapons et bûches pâtissières... "si on fêtait Noël chez nous, on n'aurait même pas ça", sourit Xavier, 44 ans, en levant son verre.

Depuis le 17 novembre, la plupart militent chaque jour sur ce rond-point de Somain, ville communiste de quelque 13.000 habitants où des "gilets jaunes" se relaient jour et nuit. Ils y ont même construit une petite cabane en bois et planté un sapin de Noël "pour l'occasion".

Pour Christine, 51 ans, fêter Noël ici, "c'était obligé". "Au début, on manifestait pour protester contre le prix de l'essence, puis on est devenu amis, on s'est dit +on n'est pas tout seul+", raconte-t-elle, assise au milieu du rond-point, drapeau français dans une main, amuse-bouche dans l'autre.

"Ce qui nous rassemble, c'est qu'on en a marre de galérer", résume Alexandre, ouvrier de 38 ans, venu avec sa femme et ses deux enfants.

Souvent, des automobilistes klaxonnent au passage, en guise de soutien. "Joyeux Noël !", crient certains.

"On est encore aimé, malgré les critiques !", s'enthousiasme Christian, militant de 57 ans, guirlande de Noël en bretelles. "Des passants nous ont même distribué des pâtisseries, des boissons, des chips...", ajoute Emmanuelle, 38 ans.

"Au départ, je ne connaissais personne, mais nous sommes devenus une famille, c'est la seule chose que Macron a réussi à faire de bien: nous rassembler, resserrer les liens entre les gens", pense Christopher Damiens.

Derrière lui, un panneau publicitaire est tagué "Macron dégage".

"Plus il tapera sur les gens, plus y aura de monde ici et plus nous serons soudés !", lance le manifestant, casquette grise vissée sur la tête.

- "L’Église est du côté des perdants" -

"L'autre, il mange du caviar avec les soldats, il devrait venir voir son peuple, nous écouter !", s'emporte à ses côtés Jean-Luc Leclerc, cariste à la retraite, dans une allusion au réveillon de Noël, ce week-end, du président Emmanuel Macron au Tchad avec un millier de militaires français de l'opération Barkhane.

"Moi, j'avais vraiment envie de faire Noël ici, avec mes camarades de combat, car entre nous est née une amitié sincère", ajoute le retraité.

Puis note: "Les ronds-points remplacent les petits cafés qui existaient dans le temps, on retrouve une solidarité et on quitte le métro-boulot-dodo".

Alain 48 ans, poissonnier, a tenu à passer après le boulot, "par solidarité". Et ajoute : "de toute manière, je n'avais rien de prévu ce soir".

Pour Laurent, les "gilets jaunes" sont "sa deuxième famille"; c'était donc "normal" de "fêter Noël ici". "On a pris l'habitude de se voir chaque jour depuis un mois, on parle de tout et de rien, on se marre bien", dit-il, agitant un drapeau bleu-blanc-rouge à côté d'un poêle artisanal.

Il est venu avec Kévin, son fils de 19 ans en CAP paysagiste: "A la maison, je m'ennuie, je préférais fêter Noël ici, il y a une bonne ambiance, c'est convivial", témoigne le jeune homme qui tient une pancarte "Klaxonnez s'il vous plaît".

"J'espérais tant qu'un mouvement comme celui-là émerge. Ici, on s'entraide, on n'est pas dans la société individualiste", se réjouit de son côté Thérèse, 61 ans.

"Même en ne connaissant personne, je discute beaucoup, avec tout le monde, ici", poursuit l'infirmière.

Le prêtre Joseph Nurchi, gilet jaune sur le dos, est déjà là. Il a programmé de célébrer la messe à minuit.

"L’Église est du côté des perdants", lance-t-il aux militants.

A côté de l'autel improvisé, il assure: "Je voulais être ce soir au côté des plus fragiles, c'est une révolte qui m'a touchée".

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