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Diplomatie culturelle: le Louvre s'expose à Téhéran

Diplomatie culturelle: le Louvre s'expose à Téhéran
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lors de l'inauguration d'une exposition inédite du Louvre au Musée national d'Iran, dans le centre de Téhéran, le 5 mars 2018ATTA KENARE
histoire

Un sphinx égyptien de 2.400 ans, un buste de l'empereur romain Marc Aurèle, un dessin de Rembrandt ou un paysage du peintre français Corot: le Louvre dévoile à Téhéran une cinquantaine de "trésors" pour une exposition inédite.

C'est la première fois qu'un grand musée occidental offre au public iranien une telle variété de chefs-d’œuvre. L'événement traduit la volonté de la France de renforcer les liens historiques qui l'unissent à l'Iran en dépit de la passe difficile que traversent les relations entre les deux pays, sur fond de dissensions relatives à des questions politiques et sécuritaires.

L'exposition qui se tient au Musée national d'Iran, dans le centre de Téhéran, a été inaugurée lundi en présence du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, et en l'absence de son homologue iranien Mohammad Javad Zarif dont la présence était attendue. Elle doit ouvrir ses portes au public mardi.

"Je constate la force du dialogue culturel qui rassemble la France et l'Iran et j'y crois beaucoup. Dans l'océan parfois tumultueux des relations internationales, la diplomatie culturelle est un phare que nous devons ensemble entretenir", a déclaré M. Le Drian lors de la cérémonie.

"c'est aussi de politique étrangère qu'il s'agit tant la diplomatie culturelle joue un rôle central dans les liens que nous entretenons", a-t-il ajouté.

Les pièces ont été acheminées de France en Iran par avion cargo.

"L'idée était d'amener en quelque sorte le Louvre aux Iraniens, on a donc essayé de faire un choix qui est représentatif de l'ensemble du musée (...) avec des sculptures, des antiquités, des peintures, et sur une chronologie extrêmement large parce que nous présentons également dans la dernière salle des œuvres d'art contemporain et des œuvres entrées dans la collection assez récemment", a déclaré à l'AFP Judith Hénon, une des commissaires de l'exposition.

- 'Choses désintéressées' -

Son ouverture marque l'aboutissement de deux ans de travail depuis la signature d'un accord de coopération culturelle franco-iranienne en marge d'une visite du président iranien Hassan Rohani en France, en janvier 2016.

"Les relations entre la France et l'Iran sont anciennes, profondes puisque la France était pionnière dans l'exploration du patrimoine archéologique (iranien) avec les fouilles de (la cité antique de) Suse notamment", relève Jean-Luc Martinez, président du Louvre, vantant "une exposition complètement inédite (...) construite pour le public iranien"

Avant la Révolution islamique en 1979, la France a entretenu des liens forts avec l'Iran. Achevé en 1938, le Musée national d'Iran a été construit sous la direction de l'archéologue et architecte français André Godard.

Alors que l'Iran était au XIXe siècle l'objet d'un "Grand Jeu" entre les Empires britannique et russe qui cherchaient à imposer leur influence sur ce qui s'appelait alors la Perse, la France avait la haute main sur les affaires archéologiques locales.

Dans ce domaine, "la France a eu un peu la priorité a la fin du XIXe siècle", à tel point que le service des antiquités iranien a été créé par un Français, en 1930, relève Julien Cuny, un commissaire de l'exposition et spécialiste de l'Iran.

"A l'époque, les Britanniques cherchaient du pétrole et nous on faisait de l’archéologie. A l'époque, les deux pays qui avaient un intérêt impérial sur l’Iran, c'était la Russie et la Grande-Bretagne et nous on faisait des choses beaucoup plus désintéressées", note un diplomate.

Ironie de l'Histoire, l'exposition s'ouvre en période de turbulences diplomatiques entre la France et l'Iran.

Venu à Téhéran pour demander à l'Iran, dans un "dialogue franc et exigeant", des gages sur son programme balistique et ses ambitions régionales afin de tenter de sauvegarder l'accord sur le nucléaire iranien de 2015, menacé par les États-Unis, M. Le Drian a été l'objet d'attaques féroces de la presse ultraconservatrice iranienne.

Alors que l'Iran critique "l'extrémisme" dont font preuve selon lui les pays européens à son encontre, le domaine culturel semble apporter une occasion de mettre l'accent sur les aspects positifs de la relation franco-iranienne, qui s'illustrent aussi sur le plan économique avec le retour en Iran d'entreprises comme Peugeot, Renault et Total.

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