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Divisée entre Russie et UE, la Moldavie élit ses députés

Coincés entre Russie et Union européenne, divisés sur l'orientation que doit prendre leur pays, les Moldaves se rendent aux urnes dimanche pour élire leurs députés, sous l'oeil attentif du Kremlin.

L'un des pays les plus pauvres d'Europe avec l'Ukraine, la Moldavie est secouée depuis son indépendance de l'URSS en 1991 par des crises politiques à répétition, tout en devant gérer un conflit gelé en Transnistrie, territoire séparatiste prorusse qui échappe à son contrôle dans l'Est.

Dimanche, les Moldaves élisent pour un mandat de quatre ans les 101 députés de leur Parlement monocaméral. Pour la première fois, le mode de scrutin est mixte, alliant proportionnelle et scrutins locaux.

En tête des sondages, le Parti socialiste du président Igor Dodon, qui milite pour un rapprochement avec la Russie et une entrée dans son Union économique eurasiatique plutôt qu'au sein de l'Union européenne, pourrait remporter jusqu'à 50% des suffrages.

Deuxième, l'alliance ACUM rassemble deux partis favorables à l'entrée dans l'Union européenne et dans l'Otan. Elle dénonce l'"accaparement" des postes de responsabilité dans la politique, la justice et les forces de l'ordre par le Parti démocrate au pouvoir, dirigé par l'oligarque Vlad Plahotniuc, considéré comme l'homme le plus puissant du pays.

Le Parti démocrate, troisième dans les sondages et actuellement majoritaire au gouvernement et au Parlement, prône une restauration des relations avec Bruxelles, dégradées depuis 2018, tout en évitant de froisser Moscou.

Si aucune de ces formations n'obtient la majorité pour former seule un gouvernement, le cas le plus probable, les analystes craignent une nouvelle période d'instabilité.

Igor Botan, expert de l'association Adept, souligne également "le risque d'une participation faible au vu de l'apathie et de l'absence de confiance des électeurs envers les hommes politiques".

- Russie ou UE? -

"Je ne sais pas pour qui je vais voter, ce sont tous des menteurs et des voleurs. Après 42 ans de travail, j'ai une retraite de 948 lei (49 euros). Comment peut-on vivre avec ça?", déclare à l'AFP Tatiana, une ancienne ouvrière d'une usine chimique de 60 ans.

"La démocratie moldave se dégrade. Des repris de justice vont accéder au Parlement", constate pour sa part Macar Naghirneac, un bénévole de 23 ans travaillant dans une ONG.

Alimentant le climat tendu dans les derniers jours de campagne, la police russe a impliqué vendredi le leader du Parti démocrate, Vlad Plahotniuc, dans un circuit de blanchiment d'argent via des opérations de change douteuses en Russie ayant fonctionné de 2013 à 2014. Son parti a dénoncé une "ingérence grossière" de Moscou dans le scrutin.

Petite ex-république soviétique de 3,5 millions d'habitants coincée entre la Roumanie et l'Ukraine, la Moldavie se déchire depuis de nombreuses années entre partisans d'un rapprochement avec l'UE et ceux d'une alliance avec Moscou.

Elu en novembre 2016, le président Igor Dodon est considéré comme un proche allié de Vladimir Poutine, à qui il a multiplié les visites.

Souvent bloqué par le Parlement et le gouvernement dans ses projets, M. Dodon a toutefois adouci son discours et ne milite plus pour le rejet de l'accord d'association signé entre la Moldavie et l'UE en 2014 par les autorités pro-européennes de l'époque. Il souhaite désormais que son pays puisse "faire du commerce avec la Russie comme avec l'UE".

Cet accord d'association a permis l'ouverture graduelle du marché européen aux produits moldaves, mais a suscité la colère de Moscou qui avait aussitôt imposé un embargo sur les fruits et la viande moldaves, pénalisant une population vivant principalement de l'agriculture.

Le commerce est le principal levier de pression dont dispose la Russie, où se trouvent par ailleurs un demi-million de travailleurs moldaves.

Recevant fin janvier Igor Dodon, Vladimir Poutine a souligné que la Russie ne serait "pas indifférente" aux résultats des législatives.

Le secrétaire du Conseil russe de Sécurité nationale, Nikolaï Patrouchev, a précisé deux semaines plus tard les craintes du Kremlin: que les Occidentaux "poussent la société moldave vers la scission et le conflit".

"Nous avons déjà vu ça en Ukraine en 2014", a-t-il ajouté, faisant référence au soulèvement pro-européen qui a débouché sur l'annexion de la Crimée par la Russie et un conflit avec des séparatistes prorusses qui a fait près de 13.000 morts en cinq ans.

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