Donald Trump, imprévisible et fier de l'être

La décision de Donald Trump d'accepter une invitation de Kim Jong Un est l'illustration la plus spectaculaire qui soit d'une approche qu'il revendique haut et fort: surprendre, casser les codes, marquer la rupture avec ses prédécesseurs.

Une image, étonnante, de ce jeudi 8 mars 2018 qui restera dans l'histoire, résume ce président américain à part: celle du magnat de l'immobilier passant une tête dans la salle de presse de la Maison Blanche pour annoncer lui-même, en coup de vent, mine réjouie, que la Corée du Sud va faire une "annonce majeure".

Faisant fi des succès ou des faux-pas de ses prédécesseurs, auxquels il ne fait presque jamais référence sauf pour dénoncer leur manque de détermination ou d'audace, le 45e président des Etats-Unis brandit son absence totale d'expérience politique ou diplomatique comme un atout.

L'annonce d'une rencontre prochaine avec le leader nord-coréeen qu'il qualifiait il y a peu de "cinglé" a pris tout le monde par surprise, à Washington et au-delà. Aucun président américain en exercice n'a jamais franchi ce pas avec un représentant de la dynastie Kim qui règne sans partage sur la Corée du Nord depuis 1948.

"Cela fait 25 ans que notre pays tente, sans succès, de trouver une solution sur la Corée du Nord, lâchant des milliards de dollars et n'obtenant rien", va-répétant Donald Trump depuis plusieurs mois, armé de cette conviction que lui seul peut faire bouger les lignes.

Sa victoire à la présidentielle, sur laquelle personne ne misait initialement et à laquelle il fait inlassablement référence, l'a renforcé dans sa certitude qu'il a la capacité de surprendre, quoiqu'en dise ses --nombreux-- détracteurs.

"Pari dangereux", "naïveté": l'annonce de la rencontre à venir, si elle a été saluée dans nombre de capitales comme un signe d'apaisement, n'a pas, loin s'en faut, fait l'unanimité.

Nombre de fins connaisseurs du dossier nord-coréen s'inquiètent du manque préparation d'un président qui préfère les superlatifs aux analyses pointues.

"Cette spectaculaire séquence diplomatique de deux leaders originaux qui aiment la théâtralité pourrait aussi nous rapprocher de la guerre", met en garde dans le New York Times, Victor Cha, ancien conseiller de George W. Bush sur ce dossier sensible.

"Un échec des négociations à ce niveau ne laisserait plus véritablement place pour la diplomatie", ajoute-t-il, soulignant la difficulté de faire des prédictions dans "le monde de Donald Trump, où le blanc est noir, l'envers est l'endroit et le chaos une bonne chose".

- Style à part -

Donald J. Trump fait de la diplomatie comme personne d'autre. Hâbleur, joueur, il revendique ses coups et ses à-coups. Oblige souvent ses conseillers, et le prestigieux département d'Etat dans son ensemble, à s'adapter sans préavis.

Comme sur tant d'autres dossiers, le chef de diplomatie Rex Tillerson n'a pas été partie prenante dans la spectaculaire décision sur la Corée du Nord.

Ce mode de prise de décision impulsif s'accompagne aussi d'un style à part.

Son goût pour les tapis rouges et honneurs, dont il ne se cache pas. Sa sensibilité à la flatterie, une donnée que tous les dirigeants mondiaux ont intégré dans leurs relations avec lui.

Ses contradictions aussi. Comme sur chaque grand dossier, un ancien tweet a refait surface à l'annonce de la rencontre à venir avec Kim Jong Un. Daté du 1er octobre 2017, à un moment où le chef de la diplomatie évoquait l'éventualité de discussions directes avec Pyongyang. "J'ai dit à Rex Tillerson, notre merveilleux secrétaire d'Etat, qu'il perdait son temps à essayer de négocier avec Little Rocket Man..."

Pour le moins atypique, la méthode Trump peut-elle s'avérer payante sur des dossiers internationaux dans l'impasse depuis des années ? Trop tôt pour le dire même s'il faut constater qu'elle n'a pas, à ce stade, abouti à des résultats tangibles.

Au-delà de la Corée du Nord, l'autre dossier emblématique sur lequel le président républicain se targue de pouvoir avancer est le conflit israélo-palestinien.

"Honnêtement, je pense que c'est quelque chose qui n'est peut-être pas aussi difficile que ce que les gens pensent depuis des années", lançait-il en mai, lors d'une rencontre à la Maison Blanche avec Mahmoud Abbas.

Dix mois plus tard, le processus est plus moribond que jamais et les dirigeants palestiniens, exaspérés par la proximité de Trump et Netanyahu, assurent ne plus vouloir entendre parler de la médiation américaine.

Reste que plus de 400 jours après sa prestation de serment, Donald J. Trump ne donne aucun signe d'une volonté de basculer vers une approche diplomatique plus conventionnelle.

"Le président Trump a été élu, en partie, parce qu'il est prêt à emprunter des voies très très différentes de ses prédécesseurs", soulignait jeudi soir un responsable de l'administration, quelques heures après l'annonce d'une rencontre à venir qui a stupéfait le monde.

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