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Dopage: la Russie savoure après la décision de l'AMA

Dopage: la Russie savoure après la décision de l'AMA
Logo de l'Agence mondiale antidopage au siège de l'organisation, à Montréal, le 20 septembre 2016Marc BRAIBANT

La Russie jubile jeudi après la décision de l'Agence mondiale antidopage (AMA) de lever la suspension de l'agence antidopage Rusada, assurant que ce vote est le fruit de "l'énorme travail" réalisé tout en reconnaissant avoir encore "beaucoup à faire".

Réuni jeudi aux Seychelles, le comité exécutif de l'AMA a voté en faveur du rétablissement de la Rusada comme organisation "conforme" au code mondial antidopage, mettant un terme à presque trois ans de suspension pour la Russie.

Cette décision, très critiquée dans la communauté antidopage, est une victoire pour Moscou, qui n'a pourtant jamais reconnu publiquement les conclusions du rapport McLaren sur l'existence d'un système institutionnel de dopage entre 2011 et 2015.

La première à réagir a été la vice-Premier ministre russe chargée des Sports, Olga Golodets. "Nous saluons la décision de l'AMA. La Russie confirme son attachement aux principes d'un sport propre",a-t-elle déclaré, citée par les agences russes.

"Ces dernières années, un énorme travail a été effectué en Russie pour créer des conditions transparentes et claires" de lutte contre le dopage, a-t-elle ajouté.

Au cours d'une conférence de presse organisée quelques minutes après l'annonce de l'AMA, le patron de l'agence antidopage russe, Iouri Ganous, a de son côté salué un "premier pas", disant espérer que la Russie avait "commencé à tourner cette page sombre du sport russe et soviétique".

"Nous avons beaucoup de travail devant nous. En premier lieu, il est nécessaire de rétablir la confiance" dans le sport russe, a-t-il poursuivi.

- Changement de ton -

Depuis plusieurs mois, l'AMA estimait que la Russie avait accompli de nombreux progrès de gouvernance en matière de lutte antidopage. L'ensemble de la direction de Rusada, accusée d'avoir couvert des cas de dopage, a notamment été remplacée après l'éclatement du scandale.

Les autorités ont de leur côté durci la politique antidopage, introduisant une responsabilité pénale en cas de dopage. En juin 2017, l'AMA avait autorisé la Rusada à mener de nouveau des programmes de contrôle antidopage, sous tutelle de l'agence antidopage britannique.

Proche de Vladimir Poutine et homme à tout faire du sport russe, accusé nommément dans le rapport McLaren, le vice-Premier ministre chargé des Sports Vitali Moutko a fini par être évincé en mai 2018, remplacé par Olga Golodets lors du remaniement ayant suivi la réélection de Vladimir Poutine.

Quand à Iouri Ganous, issu du secteur privé, il avait été nommé en août 2017, amorçant un changement de ton de Moscou face au scandale.

Le crédit de la Russie en matière de lutte antidopage "est épuisé", déclarait-il peu après son élection, réfutant la thèse "d'une attaque ciblée" contre la Russie défendue par nombre de hauts responsables russes depuis l'éclatement du scandale.

Jeudi, il a répété que la Russie ne peut plus se "permettre de tels scandales", estimant que "les sportifs doivent jouer selon les règles" et allant jusqu'à assurer comprendre les critiques des opposants à une levée de la suspension russe.

Les excuses publiques du président de la Fédération russe d'athlétisme (Rusaf) Dmitri Chliakhtine pour l'implication de son pays dans ce vaste système de dopage, à la tribune du Congrès de l'IAAF, étaient un autre signe positif envoyé en août 2017.

L'athlétisme russe est interdit de compétitions internationales par l'IAAF et sa réintégration n'est pas garantie après la décision de l'AMA, mais Dmitri Chliakhtine a déclaré jeudi, cité par Interfax, "regarder avec optimisme les prochaines étapes pour accélérer le processus de réintégration" de la Rusaf.

Quant au ministre russe des Sports, Pavel Kolobkov, il a assuré que Moscou "fera le maximum pour que toutes les obligations de la Russie soient remplies".

C'est sa lettre du 13 septembre, dans laquelle il promet de remettre une copie de la banque de données du laboratoire antidopage de Moscou à l'AMA, qui a été à l'origine de la décision de l'agence mondiale de lever la suspension de la Russie.

Il s'agissait d'une des conditions fixées par l'AMA pour un retour à la normale. L'autre était que les autorités russes acceptent publiquement les conclusions du rapport McLaren: cela n'a finalement pas été nécessaire pour que la Russie voit ses sanctions levées.

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