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Dopage: les expérimentations d'Alberto Salazar

Dopage: les expérimentations d'Alberto Salazar
Accolade à trois entre l'entraîneur Alberto Salazar et ses athlètes Mo Farah (de dos) et Galen Rupp, à l'issue du 5.000 m des Mondiaux de Daegu, le 4 septembre 2011JUNG YEON-JE

Utiliser ses fils comme cobayes, demander à ses athlètes de taire des injections de vitamines... L'entraîneur Alberto Salazar, suspendu quatre ans mardi, s'est livré à d'étranges expérimentations, selon l'agence antidopage américaine (Usada).

La décision complète de l'Usada à l'encontre de l'Américain, dont certains athlètes courent aux Mondiaux d'athlétisme de Doha (Qatar), offre une plongée étonnante dans un monde mêlant sport, chimie et médecine. Un cocktail dans lequel l'ex-entraîneur du Britannique Mo Farah, au sein d'un groupe financé par Nike, a bu la tasse en voulant jouer avec la règle.

Salazar "n'apparaît pas avoir été motivé par l'intention de violer la règle (...). Le défendeur a commis des erreurs, non intentionelles, qui l'ont conduit à violer les règlements, motivé par la volonté d'obtenir les meilleurs résultats possibles via le meilleur entraînement pour ses athlètes", précise l'organe qui l'a suspendu.

"Malheureusement, son désir a obscurci son jugement par rapport au respect de la règle".

- De la testostérone pour ses fils -

En 2009, après des craintes soulevées par son athlète américain Galen Rupp, futur double médaillé olympique, Alberto Salazar prend peur et se demande si un masseur mal intentionné pourrait contaminer un athlète à la testostérone en lui appliquant un gel (AndroGel).

Pour savoir à partir de quelle dose de gel un athlète deviendrait positif lors d'un contrôle antidopage, Salazar entreprend de le tester... sur ses deux fils Alex et Tony !

Le Dr Jeffrey Brown basé au Texas, lui aussi suspendu quatre ans mardi, crée le protocole avec des doses légères et fait passer la substance à Salazar via une athlète qui ne sait pas ce qu'elle transporte, pour l'appliquer aux deux cobayes qui ne sont pas athlètes.

Tony accepte l'expérience mais s'inquiète car sa femme et lui essaient d'avoir un enfant. "Il faut faire attention avec l'AndroGel", prévient M. Brown, qui lui précise de bien laver la zone d'application après coup pour ne prendre aucun risque.

Après l'obtention des résultats, Brown rend compte de l'expérience au PDG de Nike Mark Parker, qui lui répond qu'il "serait intéressant de déterminer la quantité minimale d'hormone masculine requise pour déclencher un test positif".

Après des tests de plusieurs doses, les pontes de l'Oregon Project sont satisfaits. Il faudrait une telle quantité de gel pour "polluer" un athlète qu'il s'en rendrait compte immédiatement.

Aujourd'hui, Salazar est notamment suspendu pour trafic de testostérone.

- Vitamines et Lance Armstrong -

Autre dérapage. En 2011, Salazar et son équipe s'intéressent à la vitamine L-carnitine, "le meilleur complément à venir pour les sports d'endurance" assure-t-il à ses athlètes.

L'entraîneur fait tester une injection de cette vitamine par un coach du Nike Oregon Project, Steve Magness, en s'assurant qu'elle soit bien légale par rapport au Code mondial antidopage. Mais la dose est trop importante.

Il écrit un message électronique en décembre 2011 à l'ex-cycliste américain Lance Armstrong. Ce dernier vient de prendre sa 2e retraite sportive après un retour au plus haut niveau, et n'a pas encore été retiré du palmarès de ses sept Tours de France victorieux pour dopage.

"Lance, appelle moi dès que possible! On l'a essayé c'est incroyable (...) et 100% légal et naturel. Tu vas gagner environ 16 minutes sur l'Iron Man (Armstrong s'était reconverti dans le triathlon, ndlr) si tu prends cette vitamine".

Salazar commence le traitement avec certains de ses athlètes avec une dose légale. Lorsque l'Usada enquête et exige leurs bulletins médicaux, il leur demande de ne pas mentionner les injections.

Salazar est notamment suspendu pour altération de preuves, et administration de la vitamine L-Carnitine en dose trop importante à M. Magness.

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